L’action Tesla a progressé d’environ 1 % mercredi, signant une quatrième séance consécutive de hausse, alors que les investisseurs attendent les chiffres de livraisons du deuxième trimestre prévus jeudi. Le marché anticipe une croissance annuelle des livraisons, mais les analystes restent divisés sur ce qui compte réellement pour la valorisation du constructeur : le volume de véhicules vendus, le retour de la demande pour les véhicules électriques ou la monétisation du Full Self-Driving.
Selon les estimations compilées par Tesla, le consensus interne prévoit 406 024 livraisons pour le trimestre, soit une hausse de 6 % sur un an. Le consensus FactSet est légèrement plus bas, à 401 000 véhicules, soit une progression de 4 %. Gene Munster, de Deepwater Asset Management, se montre plus optimiste et anticipe 420 000 livraisons, ce qui représenterait une croissance de 9 % sur un an.
Cette différence d’estimation explique l’attention du marché. Après une année de pression sur la demande, les marges et l’image de marque, une surprise positive sur les livraisons pourrait renforcer l’idée que Tesla retrouve progressivement de l’élan.
Les investisseurs attendent une confirmation de la demande
Le rapport de livraisons du deuxième trimestre sera important parce qu’il permettra de mesurer la solidité réelle de la demande. Tesla reste l’un des titres les plus suivis du marché américain, mais son action a encore reculé d’environ 5 % depuis le début de l’année.
Cette baisse annuelle montre que les investisseurs ne sont pas encore totalement convaincus par le scénario de reprise. Même si l’action a rebondi pendant quatre séances, le marché attend des données concrètes.
Les livraisons sont l’un des indicateurs les plus simples pour évaluer la demande à court terme. Une croissance supérieure aux attentes suggérerait que les consommateurs reviennent vers les véhicules électriques et que Tesla résiste mieux que prévu dans un marché plus compétitif.
À l’inverse, un chiffre décevant relancerait les inquiétudes sur la demande, la concurrence, les prix et les marges.
Gene Munster voit un potentiel supérieur au consensus
Gene Munster estime que Tesla pourrait livrer 420 000 véhicules au deuxième trimestre. Cette prévision dépasse à la fois le consensus compilé par Tesla et celui de FactSet.
Selon lui, la demande sous-jacente s’améliore. Il attribue cette reprise principalement au retour progressif des consommateurs vers les véhicules électriques et à l’atténuation des dommages d’image subis par la marque l’année précédente.
Cette lecture est importante parce qu’elle suggère que Tesla pourrait sortir d’une période de fragilité commerciale. Après plusieurs trimestres marqués par des baisses de prix, des inquiétudes sur la concurrence et des débats autour de la demande EV, un rebond des livraisons serait perçu comme un signe positif.
Munster considère aussi les prix élevés de l’essence comme un soutien, mais seulement comme un facteur secondaire. Selon lui, le principal moteur reste le retour graduel de l’intérêt des consommateurs pour les véhicules électriques.
La croissance ajustée donne une image plus favorable
Les chiffres de livraison peuvent être difficiles à interpréter parce que la comparaison annuelle n’est pas parfaitement homogène. En juin 2025, les livraisons comprenaient encore des volumes de Model S et Model X qui sont largement absents cette année.
Cela signifie que la croissance totale peut sous-estimer la dynamique réelle des modèles principaux. Une fois ajusté pour cette différence, le consensus de 406 000 véhicules implique une hausse d’environ 8 % des livraisons de Model 3 et Model Y sur un an.
Cette croissance ajustée serait meilleure que les 6 % enregistrés en mars. Si Tesla atteint l’estimation de Munster à 420 000 véhicules, la croissance ajustée des Model 3 et Model Y atteindrait environ 12 % sur un an.
Ce serait la plus forte croissance sous-jacente des livraisons de Tesla depuis décembre 2023. Pour les investisseurs, ce détail est important, car les Model 3 et Model Y restent les principaux moteurs de volume du groupe.
Les Model 3 et Model Y restent au centre de l’histoire
Tesla reste fortement dépendante de ses modèles de masse. Les Model 3 et Model Y constituent l’essentiel des volumes et jouent un rôle central dans la perception de la demande.
Si ces modèles montrent une croissance plus solide que le chiffre global ne le laisse penser, cela pourrait soutenir l’action. Le marché cherche à savoir si Tesla conserve un avantage compétitif dans le segment EV grand public, malgré l’arrivée de nouveaux concurrents et la pression des constructeurs traditionnels.
Une croissance ajustée de 12 % serait un signal fort. Elle montrerait que les modèles les plus importants de Tesla restent capables d’attirer des acheteurs, même dans un environnement plus difficile.
Mais cette croissance devra aussi être évaluée avec les marges. Livrer plus de véhicules est positif, mais si la croissance repose sur des remises importantes, l’impact sur la rentabilité peut être moins favorable.
La marque Tesla semble se stabiliser
Munster estime que les dommages à la marque observés l’année précédente se sont atténués. Cette idée est importante, car Tesla n’est pas seulement une entreprise automobile. C’est aussi une marque très exposée au sentiment public, à la perception de son dirigeant et aux débats autour de la technologie.
Lorsque l’image de marque souffre, cela peut affecter les décisions d’achat. Certains consommateurs peuvent retarder ou annuler un achat si la marque devient plus controversée ou si la concurrence propose des alternatives plus attractives.
Une amélioration des livraisons pourrait donc signaler que cet effet négatif devient moins important. Les consommateurs pourraient recommencer à évaluer Tesla davantage sur le produit, le réseau de recharge, le logiciel et le coût total de possession.
Cette stabilisation de l’image serait positive pour la demande, mais elle devra être confirmée par plusieurs trimestres.
Les prix de l’essence ajoutent un soutien secondaire
Gary Black, associé gérant de The Future Fund, propose une lecture différente. Selon lui, la hausse récente de l’action Tesla avant les livraisons du deuxième trimestre est davantage liée à la montée des prix du pétrole qu’à l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle ou du FSD.
Son raisonnement est simple : Tesla réalise encore l’essentiel de ses profits dans la vente de véhicules électriques. Si les prix du carburant augmentent, les consommateurs peuvent être plus incités à envisager un véhicule électrique.
Cette dynamique peut créer un soutien à court terme pour les livraisons. Des prix élevés de l’essence renforcent l’argument économique des véhicules électriques, surtout pour les ménages sensibles au coût de carburant.
Cependant, cette thèse reste différente de celle de Munster. Pour Black, le moteur principal de l’optimisme reste la demande automobile liée au coût de l’énergie. Pour Munster, la vraie question de valorisation est ailleurs : dans le FSD et l’autonomie.
Le débat central : livraisons ou autonomie ?
Le débat entre Munster et Black illustre une question plus large sur Tesla. L’entreprise doit-elle être valorisée principalement comme un constructeur automobile ou comme une plateforme technologique liée à l’autonomie, au logiciel et à l’intelligence artificielle ?
Munster insiste sur le fait que le rapport de livraisons ne doit pas être surinterprété. Selon lui, l’adoption du Full Self-Driving et la trajectoire vers une conduite autonome non supervisée comptent davantage pour la valorisation de long terme.
Il souligne que les abonnements actifs à FSD ont atteint 1,28 million en mars 2026, en hausse de 51 % sur un an. Pour lui, ce sont ces données qui peuvent réellement modifier le multiple de valorisation de Tesla.
Cette vision considère les livraisons comme un soutien supplémentaire, mais pas comme le cœur de l’histoire. Si Tesla réussit à monétiser FSD à grande échelle, la valeur économique pourrait dépasser largement les marges automobiles traditionnelles.
FSD reste le catalyseur de long terme
Le Full Self-Driving est devenu l’un des principaux éléments de la thèse haussière sur Tesla. Les investisseurs qui valorisent Tesla au-delà de l’automobile traditionnelle considèrent que le logiciel, l’autonomie et les abonnements peuvent transformer le modèle économique.
Si FSD devient plus largement adopté, Tesla pourrait générer des revenus récurrents à forte marge. Si la conduite autonome non supervisée devient crédible, l’entreprise pourrait ouvrir de nouvelles opportunités dans les robotaxis, les services de mobilité et les licences technologiques.
Cependant, cette thèse dépend de nombreux facteurs : performance technique, réglementation, sécurité, acceptation des consommateurs et calendrier de déploiement.
Le marché surveille donc à la fois les chiffres de livraison et les progrès du FSD. Les livraisons soutiennent la base actuelle du chiffre d’affaires, tandis que le FSD nourrit l’espoir d’un modèle plus rentable à long terme.
Les traders particuliers redeviennent optimistes
Sur Stocktwits, le sentiment des traders particuliers autour de Tesla est passé de « neutre » à « haussier » au cours des dernières 24 heures. Le volume de messages est resté élevé, montrant que l’action continue d’attirer une forte attention spéculative.
Certains utilisateurs estiment que l’action pourrait fortement réagir aux prochaines annonces. D’autres restent plus prudents, soulignant qu’il est difficile de prévoir le résultat exact du rapport de livraisons.
Un autre utilisateur a mentionné la baisse de 4,2 % des ventes de General Motors au deuxième trimestre aux États-Unis, liée à un recul des ventes de véhicules électriques malgré une large gamme de modèles à batterie. Ce commentaire suggère une inquiétude plus large sur la demande EV.
Cette division reflète bien le marché Tesla : une base d’investisseurs très engagée, mais aussi une incertitude élevée autour de la demande, de l’autonomie et de la valorisation.
Le contexte EV reste contrasté
Le marché des véhicules électriques reste difficile à lire. D’un côté, les prix élevés du carburant peuvent rendre les véhicules électriques plus attractifs. De l’autre, la croissance EV a montré des signes d’essoufflement dans certaines régions, avec une concurrence plus forte, des consommateurs plus prudents et des infrastructures de recharge encore inégales.
Tesla bénéficie d’avantages importants : marque mondiale, réseau de recharge, intégration logicielle, capacité de production et position forte sur les Model 3 et Model Y. Mais l’entreprise n’est plus seule sur le marché.
Les constructeurs traditionnels, les marques chinoises et les nouveaux entrants continuent de se battre pour les parts de marché. Les prix, les remises, la technologie embarquée et la disponibilité des modèles deviennent donc essentiels.
Le rapport de livraisons de Tesla donnera un signal important, mais il ne résoudra pas à lui seul le débat sur l’avenir de la demande EV.
Le risque d’une réaction forte après les chiffres
Comme Tesla est une action très suivie et fortement débattue, la réaction au rapport de livraisons peut être importante. Une surprise positive au-dessus du consensus pourrait prolonger la série de gains, surtout si les investisseurs y voient une preuve de reprise de la demande.
Mais une déception pourrait rapidement inverser le mouvement. Après quatre séances de hausse, une partie de l’optimisme est déjà intégrée dans le prix.
Le niveau à surveiller sera donc non seulement le chiffre total, mais aussi la qualité de la croissance. Les investisseurs voudront comprendre si la progression vient des modèles principaux, d’une demande organique plus forte ou de mesures de prix plus agressives.
Les commentaires sur les marges et le FSD resteront également importants dans les semaines suivantes.
Ce que les investisseurs doivent surveiller
Le premier élément à surveiller est le nombre total de livraisons. Un chiffre supérieur à 406 000 serait meilleur que le consensus compilé par Tesla, tandis qu’un résultat proche ou supérieur à 420 000 confirmerait l’optimisme de Gene Munster.
Le deuxième élément est la performance ajustée des Model 3 et Model Y. C’est probablement le meilleur indicateur de la demande sous-jacente.
Le troisième élément est le lien entre livraisons et marges. Une croissance obtenue grâce à des remises importantes serait moins favorable qu’une croissance soutenue par une demande solide.
Le quatrième élément est l’adoption du FSD. Les abonnements actifs et les progrès vers une autonomie non supervisée restent des catalyseurs majeurs pour la valorisation.
Le cinquième élément est le sentiment des investisseurs particuliers. Tesla reste très sensible aux flux de détail et aux récits de marché.
L’action Tesla a progressé pour une quatrième séance consécutive avant la publication des livraisons du deuxième trimestre. Les attentes du marché sont élevées, avec un consensus compilé par Tesla à 406 024 véhicules, un consensus FactSet à 401 000 et une estimation plus optimiste de Gene Munster à 420 000 livraisons.
Le débat principal dépasse toutefois le chiffre de livraison. Certains analystes, comme Gary Black, voient dans la hausse des prix du pétrole un soutien à court terme pour la demande EV. D’autres, comme Munster, estiment que la vraie valeur de Tesla dépendra surtout de l’adoption du FSD et de la crédibilité d’une conduite autonome non supervisée.
Tesla peut bénéficier d’une surprise positive sur les livraisons, surtout si les Model 3 et Model Y montrent une croissance ajustée solide. Mais le marché ne regarde plus seulement les volumes. Pour justifier une valorisation plus élevée, Tesla devra aussi prouver que le FSD peut devenir un moteur de revenus durable et que la demande EV reprend sans pression excessive sur les marges.



