Salesforce a vu son action progresser de 12 % dans les échanges prolongés après avoir publié des résultats supérieurs aux attentes et relevé ses perspectives annuelles.
Le groupe a enregistré un chiffre d’affaires trimestriel de 11,35 milliards de dollars, légèrement supérieur aux 11,32 milliards attendus par le consensus LSEG. Le bénéfice ajusté par action a atteint 5,90 dollars, très au-dessus des 3,27 dollars anticipés.
Le résultat a été fortement soutenu par un gain de 2,6 milliards de dollars sur les investissements stratégiques, principalement grâce à la revalorisation de la participation de Salesforce dans Anthropic.
Mais derrière cet effet financier exceptionnel, le marché a aussi trouvé un autre motif d’optimisme : les produits d’intelligence artificielle de Salesforce commencent à représenter une activité beaucoup plus importante.
Le chiffre d’affaires continue de croître malgré les inquiétudes sur le logiciel
Le chiffre d’affaires du deuxième trimestre fiscal, clos le 31 juillet, a augmenté de 11 % sur un an.
Cette progression intervient dans un contexte où les investisseurs s’interrogent depuis plusieurs mois sur l’impact de l’IA générative sur les grands éditeurs de logiciels traditionnels.
Certains craignent que les nouveaux modèles réduisent la valeur des logiciels SaaS ou remplacent une partie des applications utilisées par les entreprises.
Salesforce cherche précisément à démontrer l’inverse : l’IA peut renforcer sa plateforme plutôt que la rendre obsolète.
Le bénéfice net a bondi de 87 %
Le bénéfice net a atteint 3,53 milliards de dollars, soit 4,29 dollars par action.
Un an plus tôt, Salesforce avait enregistré 1,89 milliard de dollars, soit 1,96 dollar par action.
La progression de 87 % est particulièrement forte.
Elle ne provient toutefois pas uniquement de l’activité opérationnelle.
La revalorisation d’Anthropic a joué un rôle majeur dans cette hausse.
Anthropic apporte une plus-value de 2,6 milliards de dollars
Salesforce a indiqué avoir enregistré un gain de 2,6 milliards de dollars sur ses investissements stratégiques grâce à sa participation dans Anthropic.
La startup d’intelligence artificielle a levé de nouveaux capitaux en mai sur la base d’une valorisation de 965 milliards de dollars.
Cette hausse de valorisation augmente mécaniquement la valeur comptable de la participation de Salesforce.
Alphabet et Microsoft ont également signalé récemment des gains liés à leurs investissements dans Anthropic.
Le gain est important, mais il ne représente pas une croissance récurrente
Il faut distinguer cette plus-value de la performance opérationnelle.
Un gain sur investissement ne correspond pas à une nouvelle vente de logiciels.
Il peut augmenter fortement le bénéfice d’un trimestre sans se répéter à la même échelle.
Pour évaluer la qualité de la croissance de Salesforce, les investisseurs doivent donc regarder séparément la progression des revenus, les flux de trésorerie et les ventes de produits IA.
Sur ces points également, le trimestre a montré plusieurs signaux favorables.
Agentforce dépasse 1,5 milliard de dollars de revenus annualisés
Le revenu annualisé des produits Agentforce a dépassé 1,5 milliard de dollars.
Cela représente une croissance de 240 % sur un an.
Un trimestre plus tôt, la progression était déjà supérieure à 200 %.
Cette accélération montre que les outils d’IA de Salesforce commencent à être adoptés à une échelle suffisamment importante pour influencer le profil de croissance du groupe.
Agentforce devient ainsi l’un des éléments les plus importants de la stratégie de Salesforce pour répondre à la disruption créée par l’IA générative.
Salesforce renforce aussi son intégration avec Claude
Le même jour, Salesforce a annoncé un plugin pour Claude, le modèle d’Anthropic.
L’outil peut rédiger des courriels pour les commerciaux, leur fournir des informations et mettre à jour des dossiers via une interface conversationnelle.
Cette intégration montre que la relation avec Anthropic ne se limite pas à un investissement financier.
Salesforce cherche aussi à utiliser les modèles d’Anthropic à l’intérieur de ses propres produits.
Cela peut renforcer la valeur de ses applications auprès des entreprises qui souhaitent intégrer davantage d’automatisation dans leurs workflows.
La stratégie consiste à intégrer l’IA dans les processus existants
Salesforce possède déjà une base importante de clients utilisant ses outils de vente, de service client et d’analyse.
L’enjeu n’est donc pas seulement de créer un nouveau produit IA autonome.
La société peut intégrer les modèles directement dans les processus que ses clients utilisent déjà.
Cette position lui donne une distribution immédiate.
Une entreprise n’a pas forcément besoin d’adopter une nouvelle plateforme complète pour utiliser l’IA.
Elle peut simplement ajouter de nouvelles fonctionnalités à son environnement Salesforce existant.
Le free cash flow a fortement dépassé les attentes
La trésorerie disponible a progressé de 81 % pour atteindre 1,10 milliard de dollars.
Le consensus StreetAccount était de 643,2 millions.
Cette surperformance est importante parce qu’elle montre une amélioration de la génération de trésorerie malgré les investissements dans l’IA et les acquisitions.
Pour les investisseurs, la capacité à transformer la croissance en cash reste l’un des principaux critères de valorisation dans le secteur logiciel.
Salesforce relève ses prévisions annuelles
Le groupe vise désormais entre 46,1 et 46,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour l’ensemble de l’exercice.
Le milieu de la fourchette implique environ 11 % de croissance.
Le consensus LSEG se situait à 46,11 milliards.
En mai, Salesforce prévoyait encore entre 45,9 et 46,2 milliards.
La révision est donc modeste mais positive.
Elle montre que la direction dispose d’une confiance légèrement supérieure dans la trajectoire du second semestre.
Le troisième trimestre est également attendu au-dessus du consensus
Pour le troisième trimestre fiscal, Salesforce prévoit un bénéfice ajusté par action compris entre 3,42 et 3,44 dollars.
Les analystes attendaient 3,38 dollars.
Le chiffre d’affaires devrait atteindre entre 11,42 et 11,50 milliards de dollars.
Le consensus était de 11,41 milliards.
Là encore, la différence n’est pas spectaculaire sur les revenus.
Mais après plusieurs mois de doute sur le secteur SaaS, le fait de dépasser les prévisions suffit à modifier le sentiment.
Les revenus futurs contractuels restent solides
Salesforce a déclaré 33,5 milliards de dollars de current remaining performance obligation.
Cette métrique correspond au chiffre d’affaires déjà contracté qui devrait être reconnu au cours des douze prochains mois.
StreetAccount attendait 33,22 milliards.
Le dépassement suggère que la demande contractuelle reste résistante.
C’est un signal important parce qu’il donne une certaine visibilité sur les revenus futurs.
Tout n’est pourtant pas positif
Robin Washington, directrice des opérations et des finances, a indiqué que Salesforce avait rencontré des « vents contraires et de la volatilité » dans les ventes de licences liées aux logiciels d’intégration et d’analyse.
Cela montre que la croissance n’est pas uniforme.
Certaines activités traditionnelles restent sous pression.
Le défi pour Salesforce est donc de faire croître l’IA suffisamment vite pour compenser les segments plus faibles.
Les acquisitions continuent de jouer un rôle central
Au cours du trimestre, Salesforce a annoncé un contrat de 1,6 milliard de dollars avec le Department of Veterans Affairs américain.
L’entreprise a également présenté un projet d’acquisition de la startup de service client Fin pour 3,6 milliards de dollars.
Salesforce prévoit désormais que cette transaction sera finalisée au troisième trimestre fiscal, plus tôt que prévu.
Ces opérations montrent que le groupe continue d’utiliser à la fois croissance organique et acquisitions pour renforcer sa plateforme.
Le marché veut savoir si Salesforce peut éviter la “SaaSpocalypse”
Le débat autour d’une possible “SaaSpocalypse” a pesé sur de nombreuses valeurs logicielles cette année.
L’idée centrale est que les modèles génératifs pourraient réduire la nécessité de payer pour un grand nombre d’applications spécialisées.
Marc Benioff rejette cette lecture.
Le PDG a déclaré que les prédictions alarmistes sur la disparition du logiciel ne se sont pas matérialisées chez Salesforce.
Le message est clair : l’entreprise veut être perçue comme bénéficiaire de l’IA, pas comme victime.
L’action était pourtant encore en forte baisse sur l’année
Avant cette publication, Salesforce restait en baisse de 22 % depuis le début de l’année.
Sur la même période, le S&P 500 progressait de 12 %.
Cette sous-performance montre que les investisseurs étaient encore très sceptiques sur la capacité du groupe à accélérer grâce à l’IA.
Le bond de 12 % après les résultats traduit donc en partie un rattrapage.
Le prochain test sera la qualité de la croissance
La question centrale n’est pas seulement de savoir si Agentforce continue de croître à trois chiffres.
Le marché voudra voir si cette croissance améliore durablement le chiffre d’affaires total.
Il faudra aussi suivre les marges et la génération de cash.
Une plus-value sur Anthropic peut soutenir un trimestre.
Une vraie revalorisation durable de Salesforce dépendra davantage de sa capacité à monétiser l’IA de manière récurrente.
Conclusion
Salesforce a publié un trimestre solide, avec 11,35 milliards de dollars de chiffre d’affaires, un bénéfice ajusté par action de 5,90 dollars et une forte hausse de la trésorerie disponible.
Le gain de 2,6 milliards de dollars lié à Anthropic a fortement soutenu les résultats, mais la progression de 240 % des revenus annualisés d’Agentforce constitue probablement le signal le plus important pour la stratégie de long terme.
La société a également relevé ses prévisions annuelles et dépassé les attentes pour le troisième trimestre.
Point clé final
La hausse de 12 % de Salesforce ne repose pas uniquement sur Anthropic. Le marché semble surtout réévaluer la possibilité que Salesforce transforme l’IA en moteur de croissance plutôt qu’en menace pour son modèle SaaS. Pour confirmer ce changement de perception, Agentforce devra continuer à gagner du terrain et cette croissance devra devenir visible dans les revenus récurrents, la marge et la trésorerie.



