Lisbonne veut taxer les gains exceptionnels du secteur énergétique
Le gouvernement portugais prépare un projet de loi visant à imposer une taxe sur les profits exceptionnels des entreprises énergétiques qui bénéficient de la hausse des prix provoquée par la guerre en Iran. Le ministre des Finances, Joaquim Miranda Sarmento, a indiqué mardi que l’exécutif demanderait l’approbation du Parlement dans les prochaines semaines.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de forte tension sur les marchés de l’énergie. Le conflit au Moyen-Orient a contribué à faire grimper les prix du pétrole, du gaz et de plusieurs produits énergétiques, créant des bénéfices supplémentaires pour certaines entreprises du secteur. Pour le gouvernement portugais, une partie de ces gains pourrait être redistribuée ou utilisée pour limiter l’impact de la hausse des coûts sur l’économie.
Le débat n’est pas nouveau en Europe. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, plusieurs pays avaient déjà adopté des mécanismes de taxation sur les profits exceptionnels des sociétés énergétiques. Le Portugal veut désormais reprendre cette logique, mais en l’adaptant au contexte actuel.
Une réponse à la flambée des prix liée à la guerre en Iran
La guerre en Iran a ravivé les inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique mondial. Les tensions dans les routes maritimes, les perturbations des flux pétroliers et la hausse des prix du brut ont renforcé la pression sur les consommateurs, les entreprises et les gouvernements européens.
Dans ce contexte, les entreprises énergétiques peuvent bénéficier mécaniquement de prix plus élevés. Lorsque le prix de l’énergie augmente rapidement, certains producteurs, raffineurs ou distributeurs peuvent enregistrer des marges supérieures à la normale, surtout si leurs coûts ne progressent pas au même rythme que leurs revenus.
C’est précisément ce type de situation que vise une taxe sur les profits exceptionnels. L’idée est de prélever une partie des bénéfices jugés extraordinaires, c’est-à-dire ceux qui ne proviennent pas nécessairement d’une amélioration opérationnelle, mais d’un choc de marché externe.
Pour Lisbonne, la question est donc à la fois budgétaire, économique et politique. Le gouvernement doit montrer qu’il agit face à la hausse de l’énergie, tout en évitant de fragiliser excessivement les entreprises du secteur.
Le Portugal cherche une coordination européenne
Le Portugal n’agit pas totalement seul. En avril, Lisbonne s’est joint à l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et l’Autriche pour envoyer une lettre à la Commission européenne. Ces pays demandaient une taxe coordonnée au niveau européen sur les profits exceptionnels du secteur énergétique.
Bruxelles a toutefois laissé la décision aux États membres. Cela signifie que chaque pays devra décider s’il souhaite appliquer une telle taxe, selon quelles modalités, avec quel périmètre et selon quel calendrier.
Joaquim Miranda Sarmento a indiqué que le Portugal chercherait le plus haut niveau possible de coordination avec les autres pays. Il a aussi souligné que les gouvernements pouvaient apprendre les uns des autres sur les mesures en préparation.
Cette coordination est importante. Si les régimes fiscaux divergent trop fortement entre pays européens, certaines entreprises pourraient estimer être désavantagées selon leur lieu d’activité. Une approche plus alignée permettrait de réduire les distorsions et de renforcer la cohérence politique de la réponse européenne.
Le modèle de 2022 servira de base
Le ministre des Finances a expliqué que le gouvernement portugais s’appuierait sur les mesures adoptées en 2022, après le choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine. Ces mesures seront toutefois recalibrées et améliorées avant d’être présentées au Parlement.
Cette approche est pragmatique. Le Portugal dispose déjà d’une expérience récente dans la mise en place d’un mécanisme de taxation sur les profits exceptionnels. Le gouvernement peut donc reprendre les éléments qui ont fonctionné, corriger les faiblesses et ajuster le dispositif à la situation actuelle.
Le contexte de 2026 n’est cependant pas identique à celui de 2022. À l’époque, l’Europe faisait face à une crise énergétique très large, avec une inflation beaucoup plus forte, une envolée du gaz naturel et une inquiétude majeure sur l’approvisionnement hivernal. Aujourd’hui, la pression existe toujours, mais elle se manifeste dans un environnement macroéconomique différent.
C’est pourquoi la recalibration sera déterminante. Une taxe trop agressive pourrait peser sur l’investissement énergétique. Une taxe trop faible pourrait être perçue comme insuffisante face aux bénéfices générés par la crise.
L’inflation de fond est plus basse qu’en 2022
Miranda Sarmento a insisté sur une différence importante : les pressions inflationnistes globales sont aujourd’hui beaucoup plus faibles qu’en 2022. L’inflation sous-jacente, qui exclut l’alimentation et l’énergie, se situe autour de 2,2 %.
Ce point est essentiel pour comprendre l’approche portugaise. En 2022, l’inflation touchait presque tous les segments de l’économie, ce qui justifiait des mesures d’urgence plus larges. Aujourd’hui, le choc énergétique est sérieux, mais il intervient dans un contexte où l’inflation générale semble plus maîtrisée.
Cela pourrait conduire le gouvernement à adopter une taxe plus ciblée, concentrée sur les profits directement liés à la hausse des prix de l’énergie. L’objectif serait de ne pas créer une réponse disproportionnée, mais de capter une partie des gains exceptionnels générés par la crise.
Cette nuance peut aussi aider à convaincre les investisseurs que la mesure reste temporaire, encadrée et liée à des conditions exceptionnelles.
Un projet probablement soutenu par les socialistes
Le gouvernement portugais de centre droit ne dispose que d’une minorité de sièges au Parlement. En théorie, cela pourrait compliquer l’adoption du projet de loi. Mais selon les indications actuelles, la proposition devrait obtenir le soutien du Parti socialiste.
Ce soutien est logique, car les socialistes avaient introduit le mécanisme précédent en 2022. Ils pourraient donc appuyer une nouvelle version du dispositif, surtout si elle reprend une architecture similaire tout en l’adaptant au contexte actuel.
L’appui du Parti socialiste donnerait au gouvernement les voix nécessaires pour faire adopter le texte. Cela montre que la taxation des profits exceptionnels de l’énergie peut faire l’objet d’un consensus politique partiel, au moins lorsque les prix augmentent en raison d’une crise internationale.
Le débat parlementaire portera probablement sur le taux, la durée, les entreprises concernées, l’utilisation des recettes et les garanties pour ne pas freiner l’investissement.
Les entreprises énergétiques sous surveillance
Les grandes entreprises énergétiques cotées au Portugal, comme EDP et Galp, seront naturellement surveillées par les investisseurs à mesure que le projet de loi avancera. Une taxe sur les profits exceptionnels peut affecter les bénéfices nets, la génération de trésorerie et les perspectives de distribution aux actionnaires.
Les marchés réagissent souvent avec prudence à ce type de mesure. Même si la taxe est temporaire, elle peut réduire la visibilité sur les résultats et alimenter des inquiétudes sur de futures interventions fiscales.
Cependant, l’impact réel dépendra des détails du texte. Certaines taxes visent uniquement les revenus au-dessus d’un certain seuil. D’autres concernent des segments spécifiques, comme la production, le raffinage ou certaines activités de vente. Le niveau d’exemption et les mécanismes de calcul seront donc essentiels.
Pour les investisseurs, le principal risque n’est pas seulement la taxe elle-même, mais l’incertitude réglementaire jusqu’à la publication du projet final.
Une mesure entre justice sociale et stabilité énergétique
La taxation des profits exceptionnels repose sur un argument politique simple : lorsque des entreprises bénéficient fortement d’un choc externe qui pèse sur les ménages et les entreprises, l’État peut réclamer une partie de ces gains pour financer des mesures de soutien ou protéger les finances publiques.
Mais le sujet reste sensible. Les entreprises énergétiques soutiennent souvent qu’une fiscalité trop lourde peut réduire leur capacité d’investissement, notamment dans les énergies renouvelables, les infrastructures électriques, le stockage ou la transition énergétique.
Le gouvernement portugais devra donc trouver un équilibre. Il devra montrer que la taxe répond à une situation exceptionnelle sans créer un signal négatif durable pour le secteur. Dans un contexte où l’Europe veut accélérer sa transition énergétique tout en sécurisant ses approvisionnements, cet équilibre est délicat.
Une taxe bien conçue peut être présentée comme temporaire, ciblée et proportionnée. Une taxe mal calibrée peut devenir un facteur d’incertitude pour les investisseurs.
Le Portugal prépare un projet de loi pour taxer les profits exceptionnels des entreprises énergétiques bénéficiant de la hausse des prix liée à la guerre en Iran. Le ministre des Finances, Joaquim Miranda Sarmento, a indiqué que le gouvernement présenterait prochainement une proposition au Parlement.
Lisbonne souhaite s’inspirer des mesures adoptées en 2022 après le choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine, tout en les recalibrant pour le contexte actuel. La situation diffère de celle de 2022, car l’inflation sous-jacente est aujourd’hui plus faible, autour de 2,2 %.
Le Portugal cherchera aussi à coordonner son approche avec d’autres pays européens, après avoir demandé avec l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et l’Autriche une initiative commune au niveau européen. Bruxelles a toutefois laissé la décision aux États membres.
Même si le gouvernement est minoritaire, le projet devrait bénéficier du soutien du Parti socialiste, qui avait introduit le précédent mécanisme en 2022. Le contenu final sera déterminant pour évaluer l’impact sur les entreprises énergétiques, les investisseurs et les consommateurs.



