Bank of America a repoussé sa prévision concernant la première baisse de taux de la Banque d’Angleterre, passant de mars à juin. La raison principale avancée est le retour des risques inflationnistes liés à la hausse des prix de l’énergie, alors que les marchés anticipaient récemment un cycle d’assouplissement plus fluide.
La banque prévoit désormais des baisses de taux d’un quart de point en juin et en septembre, au lieu du scénario précédent qui envisageait des réductions dès mars puis en juin.
Ce changement est significatif, car il reflète une évolution plus large de la perception des marchés concernant la politique monétaire britannique. Il y a encore peu de temps, la baisse de l’inflation et le ralentissement économique renforçaient les arguments en faveur d’une réduction rapide des taux. Mais la récente hausse des prix du pétrole, liée aux tensions au Moyen-Orient, a complexifié les perspectives.
Le Brent est repassé au-dessus des 100 dollars le baril, après avoir frôlé les 120 dollars plus tôt dans la semaine. Cette évolution a rendu les investisseurs beaucoup moins confiants quant à une baisse régulière de l’inflation vers l’objectif de 2 % fixé par la Banque d’Angleterre.
Pour les observateurs de l’actualité financière, des marchés actions et du climat économique au Royaume-Uni, il ne s’agit pas d’un simple ajustement d’analyste. C’est un rappel que les anticipations des banques centrales peuvent évoluer rapidement lorsque l’énergie redevient le facteur dominant.
Pourquoi BofA a revu ses prévisions
La révision de BofA repose sur une logique simple : la hausse des prix de l’énergie peut ralentir la désinflation.
Selon la banque, l’augmentation récente des prix du pétrole ravive les risques inflationnistes et rend une baisse de taux en mars trop agressive dans le contexte actuel. Elle prévoit donc désormais un premier mouvement en juin, suivi d’une nouvelle réduction en septembre.
BofA n’exclut pas totalement une baisse en avril si les prix de l’énergie reculent d’ici là, mais avertit qu’un conflit prolongé pourrait réduire encore davantage le nombre de baisses de taux cette année.
Cette révision ne se fait pas en isolation. D’autres grandes institutions, dont Goldman Sachs, Standard Chartered et Morgan Stanley, ont également repoussé leurs prévisions de baisse des taux de la Banque d’Angleterre. Le consensus se déplace désormais vers le deuxième trimestre.
Lorsque plusieurs grandes banques adoptent la même direction, cela indique généralement un changement réel de perception du marché, et non un simple ajustement technique.
Une inflation redevenue plus incertaine
Le timing de ce changement est particulièrement important, car l’inflation britannique montrait récemment des signes encourageants de ralentissement.
Les données officielles ont montré que l’inflation des prix à la consommation est tombée à 3,0 % en janvier 2026, contre 3,4 % en décembre. Cette baisse s’expliquait notamment par la diminution des prix du carburant, des billets d’avion et de l’alimentation.
Ce chiffre, le plus bas depuis mars 2025, avait renforcé l’idée que la Banque d’Angleterre pourrait bientôt commencer à assouplir sa politique monétaire.
Les prévisions de la banque centrale tablaient même sur une inflation proche de 2 % au cours du deuxième trimestre 2026.
Mais les chocs énergétiques ont la capacité de bouleverser rapidement ce scénario. Si les prix du pétrole restent élevés, la trajectoire vers l’objectif d’inflation devient beaucoup moins linéaire.
Les coûts de transport, de production et les attentes inflationnistes des ménages pourraient repartir à la hausse, compliquant le travail de la banque centrale.
Le pétrole reprend un rôle central
Le retour du pétrole comme facteur clé des marchés est au cœur de cette situation.
Le Brent évolue de nouveau au-dessus de 100 dollars le baril, en raison de l’intensification du conflit au Moyen-Orient. Cette incertitude géopolitique renforce la volatilité et rend les perspectives économiques plus difficiles à anticiper.
Pour la Banque d’Angleterre, cela crée un dilemme délicat.
D’un côté, des prix de l’énergie élevés peuvent freiner la croissance économique en réduisant le pouvoir d’achat des consommateurs et en augmentant les coûts des entreprises.
De l’autre, ils alimentent l’inflation, ce qui limite la capacité de la banque centrale à baisser ses taux.
Ainsi, le même facteur peut à la fois justifier une baisse des taux pour soutenir la croissance et empêcher cette baisse en raison des pressions inflationnistes.
Quelle direction pour la Banque d’Angleterre ?
Selon les dernières anticipations, la Banque d’Angleterre devrait maintenir ses taux inchangés lors de sa réunion de mars, avec un taux directeur autour de 3,75 %.
Les économistes continuent de prévoir des baisses de taux cette année, mais leur calendrier est devenu plus incertain. Avril ou juin sont désormais considérés comme les scénarios les plus probables.
BofA estime que la banque centrale conservera une orientation accommodante, tout en insistant sur l’augmentation des incertitudes.
En d’autres termes, la Banque d’Angleterre souhaite garder de la flexibilité face à un environnement économique devenu plus imprévisible.
Il est important de noter que le débat actuel ne porte pas sur un éventuel retour à une politique de hausse des taux, mais plutôt sur le timing des baisses.
Les marchés ont d’ailleurs fortement ajusté leurs attentes, passant d’une probabilité élevée de baisse en mars à une quasi-certitude de statu quo.
Les risques de croissance restent présents
Malgré le retour des préoccupations inflationnistes, les perspectives de croissance ne se sont pas améliorées.
Le marché du travail britannique montre des signes de faiblesse, avec un taux de chômage au plus haut depuis la pandémie.
Une activité économique plus lente et un marché de l’emploi plus fragile pourraient, à terme, réduire les pressions salariales et soutenir l’argument en faveur d’une baisse des taux.
C’est pourquoi les marchés n’abandonnent pas totalement le scénario d’assouplissement. Ils le repoussent simplement dans le temps.
Pourquoi cela compte pour les marchés
Le report des baisses de taux a des implications importantes pour les marchés financiers.
Il peut influencer les rendements obligataires, la livre sterling, les actions bancaires, le secteur immobilier et plus largement toutes les activités sensibles aux coûts d’emprunt.
Lorsque des institutions majeures comme Bank of America modifient leurs prévisions, cela contribue à orienter le consensus du marché.
Ce changement de perspective transforme également la perception des investisseurs : la première baisse de taux devient moins une question de calendrier qu’un test de confiance dans la trajectoire de l’inflation.
Conclusion
La décision de Bank of America de repousser sa prévision de baisse des taux de mars à juin reflète un changement important dans le paysage économique britannique.
Alors que l’inflation montrait des signes de ralentissement, la hausse des prix de l’énergie est venue perturber les anticipations.
La Banque d’Angleterre devrait toujours engager un cycle de baisse des taux cette année, mais celui-ci pourrait être plus lent et plus incertain que prévu.
Pour les investisseurs, cela signifie que le scénario d’un assouplissement simple et rapide laisse place à un environnement plus complexe, marqué par un équilibre délicat entre ralentissement économique et pressions inflationnistes persistantes.



