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L’Australie place l’IA au cœur de ses perspectives économiques à 40 ans

L’Australie place l’IA au cœur de ses perspectives économiques à 40 ans

L’Australie a placé l’intelligence artificielle parmi les cinq grandes transitions appelées à transformer son économie au cours des quarante prochaines années, tout en laissant les actifs numériques en dehors des thèmes centraux de son nouveau rapport intergénérationnel. Publié le 21 septembre, le septième Intergenerational Report du Trésor australien couvre les perspectives économiques et budgétaires fédérales jusqu’en 2065-66 et identifie cinq changements majeurs : la révolution de l’IA, la fragmentation géopolitique, la transition énergétique, le vieillissement de la population et la poursuite du déplacement de l’économie vers les services.

Le gouvernement prévoit que l’économie australienne fera plus que doubler de taille d’ici 2065-66, tandis que le revenu réel par habitant devrait progresser de 55 %. La croissance annuelle moyenne devrait cependant ralentir à mesure que la croissance démographique et l’expansion de la population active perdent de la vitesse. Dans ce cadre, la productivité doit jouer un rôle plus important dans la croissance à long terme, ce qui explique la place accordée à l’intelligence artificielle dans le nouveau document.

L’intelligence artificielle devient un thème central du rapport

L’IA bénéficie cette fois d’un traitement explicite, contrairement au précédent Intergenerational Report publié en 2023. Le trésorier Jim Chalmers a présenté cette évolution comme la transformation technologique la plus spectaculaire intervenue depuis la précédente édition et comme une influence appelée à marquer l’économie australienne pendant plusieurs décennies.

L’analyse du Trésor couvre l’automatisation, l’évolution des besoins en compétences et la manière dont l’IA pourrait modifier l’exécution des emplois existants. Le rapport ne suppose toutefois pas que les gains de productivité apparaîtront automatiquement. L’investissement, l’adoption technologique, les compétences disponibles et l’environnement réglementaire restent des éléments déterminants dans les hypothèses économiques de long terme.

Le gouvernement maintient une hypothèse de productivité à long terme de 1,2 % par an. Il reconnaît néanmoins que l’IA pourrait modifier la productivité, l’investissement et les résultats sur le marché du travail de manière difficile à quantifier plusieurs décennies à l’avance.

Les systèmes agentiques reçoivent une attention particulière

Le rapport accorde une place notable aux systèmes d’IA dits agentiques. Le Trésor les décrit comme des systèmes de plus en plus capables d’agir avec moins d’intervention humaine directe, tandis que les performances de l’IA ont déjà dépassé certains repères humains dans plusieurs tâches.

Dans ses travaux séparés sur l’innovation financière, le gouvernement définit les systèmes agentiques comme des logiciels capables de prendre des mesures, formuler des recommandations ou exécuter des tâches pour le compte de particuliers et d’entreprises. Chalmers a qualifié la « révolution de l’IA » de plus grande transformation économique de l’époque actuelle lors de la publication du rapport.

Les actifs numériques restent hors des cinq transitions principales

Les cryptomonnaies et les actifs numériques n’apparaissent pas parmi les cinq grandes transitions retenues pour structurer les perspectives à quarante ans. Cette absence a été critiquée par John O’Loghlen, directeur national de Coinbase Australia, qui estime que les futurs agents d’IA auront besoin de systèmes financiers capables de soutenir une activité économique automatisée.

Selon lui, le rapport reconnaît que la prospérité australienne dépendra fortement de l’adoption de nouvelles technologies et de gains de productivité, mais il ne traite pas suffisamment de l’infrastructure financière que des agents autonomes pourraient utiliser pour effectuer des paiements ou des transactions.

Cette critique représente la position de Coinbase et non une prévision officielle du Trésor. L’absence des actifs numériques dans les cinq thèmes centraux ne signifie d’ailleurs pas que le gouvernement australien les a exclus de sa politique économique actuelle.

Une stratégie financière séparée traite explicitement des actifs numériques

Le 3 septembre, le Trésor a publié une Financial Innovation Strategy distincte qui traite directement des actifs numériques, des stablecoins, de la tokenisation, de la monnaie numérique et des services financiers alimentés par l’IA. Le gouvernement présente cette stratégie comme un cadre destiné à coordonner l’action des autorités, des régulateurs et de l’industrie à mesure que les technologies financières évoluent.

L’Australie a déjà adopté un cadre de licences pour les plateformes d’actifs numériques et les plateformes de conservation tokenisée. Son entrée en vigueur est prévue pour le 9 avril 2027. Les réformes des paiements doivent également encadrer les stablecoins de paiement en tant que mécanismes tokenisés de valeur stockée.

Le Trésor relie les agents d’IA aux paiements programmables

La Financial Innovation Strategy établit un lien plus direct entre l’intelligence artificielle et les infrastructures de paiement que le rapport intergénérationnel. Le Trésor estime que la progression des systèmes agentiques pourrait accroître le nombre de transactions automatisées et de paiements entre machines.

Une telle évolution pourrait augmenter la demande pour des systèmes de paiement et de règlement capables d’exécuter des opérations en temps réel, d’assurer l’interopérabilité entre différentes infrastructures et de proposer des services programmables. Le Trésor souligne toutefois que les agents financiers entièrement autonomes restent largement expérimentaux et n’ont pas encore atteint le niveau de fiabilité nécessaire pour la plupart des usages financiers réels.

O’Loghlen considère que les stablecoins et les marchés tokenisés pourraient devenir une partie des infrastructures utilisées par la finance agentique. Il appelle également à des règles plus claires pour les dispositifs tokenisés de valeur stockée. Là encore, cette position correspond à l’analyse politique de Coinbase et non à une prévision du gouvernement affirmant que les agents d’IA utiliseront nécessairement des cryptoactifs.

Les paiements automatisés sont déjà étudiés dans plusieurs cadres

La Reserve Bank poursuit séparément ses travaux sur la finance tokenisée

La Reserve Bank of Australia continue de travailler sur la finance tokenisée indépendamment de l’Intergenerational Report. En mai, la banque centrale et le Digital Finance Cooperative Research Centre ont publié les conclusions finales du Project Acacia, qui avait testé vingt cas d’usage d’actifs tokenisés de gros portant sur l’émission, le trading et le règlement.

Les essais ont utilisé plusieurs formes d’actifs de règlement, notamment les soldes existants de banque centrale, un projet pilote de monnaie numérique de banque centrale de gros, des jetons de dépôts bancaires commerciaux et des stablecoins. Le projet a identifié des bénéfices potentiels en matière d’efficacité, de fonctionnalité et de résilience, tout en soulignant que plusieurs questions restent à résoudre.

Les sujets encore ouverts concernent notamment la certitude juridique, la conception des règlements, l’infrastructure et la réglementation. Les conclusions ne présentent donc pas la tokenisation comme une solution déjà totalement prête pour un déploiement généralisé.

Un potentiel économique estimé à 24 milliards de dollars australiens par an

Le DFCRC estime qu’une adoption complète de la finance numérique pourrait générer jusqu’à 24 milliards de dollars australiens de gains économiques annuels. Cette estimation inclut les actifs du monde réel tokenisés, les paiements et d’autres applications de finance numérique.

Le chiffre reste toutefois une estimation économique modélisée et non une production économique déjà réalisée. Il représente un potentiel théorique basé sur une adoption plus large de ces technologies.

En septembre, la Reserve Bank a lancé une nouvelle consultation sur la manière dont son Reserve Bank Information and Transfer System et son Fast Settlement Service pourraient soutenir les marchés tokenisés. Elle examine notamment le règlement entre comptes traditionnels et monnaie privée tokenisée, l’accès potentiel de stablecoins aux réserves de banque centrale ainsi que de futurs modèles de réserves tokenisées.

La réglementation continuera d’évoluer après 2026

Le contraste entre le rapport intergénérationnel et les autres initiatives gouvernementales est donc important. Le document à quarante ans place l’intelligence artificielle au premier plan parce qu’elle est considérée comme une transformation transversale de l’économie. Les actifs numériques, en revanche, sont traités dans des politiques sectorielles consacrées à l’innovation financière, aux paiements et aux infrastructures tokenisées.

Deux horizons différents pour l’IA et la finance numérique

L’approche australienne distingue ainsi les grandes forces macroéconomiques de long terme des technologies financières spécifiques actuellement en développement. L’IA figure parmi les cinq transitions structurantes parce que le gouvernement estime qu’elle pourrait influencer l’ensemble de l’économie, le travail, la productivité et l’investissement.

Les cryptoactifs et la tokenisation restent néanmoins présents dans les travaux publics. Le gouvernement prépare un régime de licences, les autorités examinent les stablecoins et les marchés tokenisés, et la banque centrale teste différentes architectures de règlement numérique.

L’Australie mise sur la productivité tout en préparant la finance numérique

Le nouveau rapport intergénérationnel montre que l’Australie considère l’intelligence artificielle comme l’une des transformations les plus importantes de son avenir économique. Avec une croissance démographique et une expansion de la main-d’œuvre appelées à ralentir, le pays devra davantage compter sur la productivité pour soutenir sa trajectoire jusqu’en 2065-66.

L’IA est donc intégrée directement au scénario de long terme, même si ses effets restent difficiles à mesurer précisément. Le gouvernement reconnaît que les bénéfices dépendront de l’investissement, des compétences, de l’adoption technologique et du cadre réglementaire.

L’absence des actifs numériques parmi les cinq thèmes majeurs ne signifie pas qu’ils sont absents de la politique australienne. La Financial Innovation Strategy, le futur cadre de licences, les travaux sur les stablecoins, Project Acacia et la consultation de la Reserve Bank montrent qu’un programme distinct est déjà en cours.

La différence tient principalement au rôle attribué à chaque technologie. L’IA est présentée comme une transition économique générale susceptible de modifier de nombreux secteurs, tandis que la finance numérique est abordée comme un domaine spécifique d’infrastructure, de réglementation et d’innovation financière.

À ce stade, le gouvernement ne prévoit pas que les agents d’IA utiliseront nécessairement des cryptoactifs. Il reconnaît cependant que l’automatisation pourrait accroître la demande pour des paiements en temps réel, interopérables et programmables. Les travaux parallèles sur les stablecoins et la tokenisation pourraient donc devenir de plus en plus pertinents si ces besoins se développent.

Cette distinction structure donc la politique technologique australienne actuelle.

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