Les prix du pétrole ont fortement progressé mardi après que l’Arabie saoudite aurait annulé certaines livraisons de brut prévues en septembre, quelques jours après une attaque de drones ayant entraîné la fermeture de l’oléoduc East-West. Le West Texas Intermediate américain a gagné 4,4 % pour clôturer à 105,83 dollars le baril, son niveau de clôture le plus élevé depuis le 19 mai, tandis que le Brent a progressé de 2,9 % à 108,75 dollars.
La hausse prolonge un mouvement déjà important. Les prix du brut ont augmenté de plus de 20 % depuis le début du mois alors que les combats se sont fortement intensifiés dans le golfe Persique. La fermeture de l’oléoduc saoudien ajoute désormais une nouvelle contrainte à un marché qui fait déjà face à des perturbations autour du détroit d’Hormuz, à des attaques contre des navires et à des interruptions de production en Libye.
Certaines livraisons saoudiennes de septembre sont annulées
Des sources commerciales citées par Reuters ont indiqué que l’Arabie saoudite avait informé certains clients européens de l’annulation de cargaisons de pétrole brut prévues pour septembre.
Cette décision intervient après la fermeture de l’oléoduc East-West, une infrastructure essentielle pour la stratégie d’exportation saoudienne dans le contexte actuel.
Riyad a décrit cette fermeture comme une « mesure de précaution » après les dommages subis lors d’une attaque de drones lancée depuis l’Irak la semaine précédente.
Les autorités saoudiennes n’ont toutefois pas fourni d’évaluation détaillée des dégâts.
Elles n’ont pas non plus indiqué combien de temps l’oléoduc restera hors service.
Cette absence de calendrier précis augmente l’incertitude autour de l’offre disponible pour les acheteurs internationaux.
L’oléoduc East-West est devenu stratégique avec la crise à Hormuz
L’importance de l’oléoduc dépasse largement la situation intérieure saoudienne.
L’infrastructure permet de transporter jusqu’à 7 millions de barils de pétrole par jour vers la mer Rouge.
L’Arabie saoudite l’utilisait pour rediriger une partie de ses exportations et contourner le détroit d’Hormuz, où les tensions restent extrêmement élevées.
Les États-Unis et l’Iran se disputent actuellement le contrôle de cette route maritime essentielle.
Dans ce contexte, l’oléoduc East-West offre normalement une voie alternative permettant au brut saoudien d’atteindre les marchés sans transiter par Hormuz.
Sa fermeture réduit donc temporairement l’une des principales solutions de contournement disponibles dans la région.
Chris Wright s’attend à une interruption courte
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a tenté de limiter les inquiétudes mardi.
Il a déclaré à CNBC qu’il s’attendait à ce que l’oléoduc reprenne ses opérations dans quelques jours.
Selon lui, l’interruption devrait être brève et temporaire.
Cette estimation est plus optimiste que le niveau d’information fourni jusqu’ici par les autorités saoudiennes, qui n’ont donné aucune date officielle de remise en service.
Le marché doit donc actuellement composer avec deux éléments : l’attente américaine d’un redémarrage rapide et l’absence de confirmation saoudienne sur la durée précise des réparations ou inspections.
Le WTI retrouve un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis mai
La réaction du marché a été immédiate.
Le WTI a terminé la séance à 105,83 dollars, en hausse de 4,4 %.
Il s’agit de son prix de clôture le plus élevé depuis le 19 mai.
Le Brent, référence internationale, a progressé de 2,9 % pour atteindre 108,75 dollars.
Ces mouvements montrent que les opérateurs accordent une importance particulière aux nouvelles contraintes affectant les exportations saoudiennes.
L’Arabie saoudite disposait d’une infrastructure capable de détourner des volumes importants de Hormuz. La fermeture de cette voie alternative modifie donc directement la perception du risque d’approvisionnement.
Les prix ont déjà gagné plus de 20 % ce mois-ci
Le mouvement de mardi ne constitue pas un événement isolé.
Les prix du brut ont progressé de plus de 20 % depuis le début du mois.
La hausse accompagne une escalade majeure dans le golfe Persique, où les risques militaires se sont multipliés autour des infrastructures énergétiques et des routes maritimes.
La fermeture de l’oléoduc East-West intervient ainsi dans un marché déjà tendu.
Elle ajoute un nouveau facteur d’incertitude au moment où les flux passant par Hormuz sont eux-mêmes sous pression.
Goldman Sachs évoque un Brent au-dessus de 120 dollars
Yulia Zhestkova Grigsby, stratégiste senior sur les matières premières chez Goldman Sachs, a déclaré dans une note publiée lundi que les attaques contre les infrastructures pétrolières marquaient une escalade significative du conflit.
Selon elle, ces événements augmentent la probabilité du scénario haussier envisagé par la banque.
Dans ce scénario, le Brent dépasserait 120 dollars le baril.
Cette estimation représente un scénario de Goldman Sachs et non une trajectoire garantie.
Elle montre néanmoins que l’impact potentiel des attaques est désormais suffisamment important pour modifier les hypothèses de prix utilisées par certains analystes.
La fermeture de l’oléoduc modifie la logique de contournement de Hormuz
Avant l’attaque, l’Arabie saoudite utilisait l’oléoduc East-West précisément pour réduire sa dépendance au détroit d’Hormuz.
Le brut pouvait être transporté vers la mer Rouge et exporté à partir de là.
Cette stratégie prenait une importance croissante alors que la confrontation entre les États-Unis et l’Iran compliquait la navigation dans le détroit.
La perte temporaire de cette capacité signifie qu’un volume potentiel allant jusqu’à 7 millions de barils par jour ne peut plus utiliser normalement cette route.
Cela ne signifie pas que 7 millions de barils ont disparu du marché, mais la capacité de redirection elle-même est affectée au moment où elle était particulièrement utile.
La Libye ajoute une nouvelle perturbation
Les inquiétudes sur l’offre ne se limitent pas à l’Arabie saoudite.
En Libye, la compagnie pétrolière nationale a suspendu les opérations sur deux champs pétroliers et une station de pompage en raison de manifestations, selon Reuters.
Cette interruption ajoute un autre foyer d’incertitude pour l’offre mondiale.
Elle survient alors que le marché évalue déjà les conséquences du conflit dans le Golfe et les perturbations sur les infrastructures saoudiennes.
Même si les situations saoudienne et libyenne ont des causes différentes, elles se produisent simultanément et renforcent la perception d’un marché soumis à plusieurs risques d’approvisionnement.
Les Houthis reprennent leurs frappes contre l’Arabie saoudite
La sécurité régionale s’est encore détériorée avec de nouvelles attaques menées par les Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran.
Selon un porte-parole de la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen, les militants ont lancé des drones et des missiles balistiques contre les villes de Khamis Mushait, Abha et Taif.
Ces attaques interviennent peu après celle ayant endommagé l’oléoduc East-West.
Elles alimentent les inquiétudes concernant la vulnérabilité des infrastructures et des installations stratégiques saoudiennes.
Le marché pétrolier doit donc intégrer non seulement la situation actuelle de l’oléoduc, mais aussi le risque d’autres attaques susceptibles d’affecter différentes parties du réseau énergétique régional.
Hormuz reste particulièrement instable
La situation dans le détroit d’Hormuz demeure elle aussi volatile.
Au moins deux pétroliers ont été attaqués depuis samedi, selon des rapports d’incidents du United Kingdom Maritime Trade Operations Centre.
Ces événements renforcent les risques pour les navires commerciaux opérant dans la zone.
Hormuz reste une route essentielle pour les exportations de pétrole du Golfe.
Lorsque la sécurité se détériore dans le détroit, la valeur des infrastructures alternatives comme l’oléoduc East-West augmente considérablement.
La fermeture de cette infrastructure intervient donc précisément au moment où le besoin de routes de contournement est le plus important.
Washington et Téhéran contestent également la version de certains incidents
Les tensions autour de Hormuz ne concernent pas uniquement les attaques elles-mêmes.
Les États-Unis et l’Iran contestent aussi publiquement certaines versions des événements.
Le Corps des gardiens de la révolution iranienne a affirmé que le pétrolier El Gaia, battant pavillon panaméen, avait heurté une mine navale dans le détroit.
Le U.S. Central Command a rejeté cette affirmation.
Selon Centcom, le navire avait été frappé par un missile iranien le mois précédent et rendu inutilisable.
Le commandement américain a accusé l’IRGC de diffuser de fausses informations et d’utiliser l’intimidation tout en cherchant à entraver les navires commerciaux.
Les annulations de cargaisons transforment le risque physique en conséquence commerciale
Jusqu’à présent, la fermeture de l’oléoduc pouvait être analysée comme un problème d’infrastructure dont l’ampleur exacte restait inconnue.
Les informations sur l’annulation de certaines cargaisons de septembre donnent désormais au marché une indication plus concrète des conséquences commerciales.
Des clients européens auraient été informés que certains volumes ne seraient pas livrés.
Cela signifie que l’incident affecte déjà des programmes d’exportation, même si le nombre total de cargaisons concernées n’a pas été précisé.
La réaction des prix reflète en partie cette transition entre un risque potentiel et une perturbation observée dans les livraisons.
Le marché attend désormais la durée réelle de la fermeture
La prochaine question concerne principalement le calendrier.
Si l’estimation de Chris Wright se confirme et que l’oléoduc reprend ses opérations dans quelques jours, une partie des inquiétudes pourrait diminuer.
Si la fermeture dure plus longtemps que prévu, la pression sur les exportations saoudiennes pourrait devenir plus importante.
L’absence d’évaluation publique des dommages complique cette analyse.
Riyad n’a donné ni date de redémarrage ni détail sur l’étendue des réparations nécessaires.
Cette incertitude laisse les marchés dépendants de nouvelles informations opérationnelles.
Plusieurs risques d’offre se superposent
Le pétrole ne monte donc pas en réaction à un seul événement.
L’Arabie saoudite a fermé une importante route d’exportation après une attaque.
Certaines cargaisons de septembre auraient été annulées.
Les Houthis ont repris leurs frappes contre des villes saoudiennes.
Des pétroliers ont été attaqués près d’Hormuz.
La Libye a suspendu des opérations sur deux champs et une station de pompage.
Pris séparément, chacun de ces événements représente un risque différent.
Ensemble, ils créent un environnement dans lequel les investisseurs doivent intégrer plusieurs sources de perturbation simultanément.
Le seuil des 120 dollars revient dans les scénarios haussiers
La progression du Brent à 108,75 dollars rapproche le marché de scénarios qui semblaient auparavant plus éloignés.
Goldman Sachs estime que l’escalade des attaques contre les infrastructures augmente la probabilité d’un Brent dépassant 120 dollars dans son scénario haussier.
Une telle évolution dépendrait cependant de la poursuite ou de l’aggravation des perturbations.
Si les infrastructures saoudiennes sont rapidement rétablies et que la situation autour de Hormuz se stabilise, le contexte pourrait évoluer.
À l’inverse, de nouvelles attaques ou une fermeture prolongée de l’oléoduc renforceraient les préoccupations déjà visibles dans les prix.
Le WTI à 105 dollars reflète un marché dominé par le risque d’approvisionnement
La clôture du WTI à 105,83 dollars et celle du Brent à 108,75 dollars résument l’évolution actuelle du marché.
Les investisseurs ne regardent plus uniquement la production nominale des grands exportateurs. Ils évaluent désormais la capacité réelle à transporter le pétrole, à sécuriser les installations et à maintenir les livraisons prévues.
La fermeture de l’oléoduc East-West touche précisément cette capacité logistique.
Son importance avait augmenté parce qu’il permettait de contourner Hormuz. Son indisponibilité, combinée à l’annulation de certaines cargaisons saoudiennes, aux perturbations libyennes et aux nouvelles attaques dans la région, suffit à maintenir une pression importante sur les prix.
La prochaine étape dépendra largement de la rapidité avec laquelle Riyad pourra remettre l’oléoduc en service et de l’évolution de la sécurité dans le Golfe. En attendant, le marché dispose de peu de raisons d’ignorer le risque : les prix ont déjà progressé de plus de 20 % ce mois-ci et les nouvelles perturbations continuent de s’accumuler.



