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La guerre avec l’Iran coûte déjà 38,1 milliards au Pentagone et épuise les stocks de missiles

Missiles américains épuisés après le conflit avec Iran

Le conflit opposant les États-Unis à l’Iran a déjà coûté environ 38,1 milliards de dollars au département américain de la Défense au 1er août, selon une nouvelle estimation du Congressional Budget Office. L’agence budgétaire non partisane du Congrès avertit également que chaque mois supplémentaire de combats pourrait ajouter entre 2 et 3 milliards de dollars aux dépenses du Pentagone selon l’intensité des opérations. Une nouvelle escalade pourrait pousser la facture mensuelle encore plus haut.

L’enjeu ne se limite cependant pas au coût financier immédiat. Selon le CBO, l’utilisation massive de missiles de croisière et surtout d’intercepteurs de défense aérienne a réduit les stocks américains au point de créer un problème stratégique susceptible de durer plusieurs années. L’agence estime qu’une reconstitution complète des réserves d’intercepteurs pourrait prendre au moins cinq ans, même avec une hausse de la production.

Plus de la moitié de la facture vient des munitions

Le remplacement des munitions utilisées constitue de loin la principale composante de la facture établie par le CBO. L’agence estime à 21,7 milliards de dollars le coût nécessaire pour remplacer les armes tirées jusqu’au 1er août. Sur ce montant, environ 7,3 milliards correspondent aux missiles de croisière d’attaque terrestre, 13,1 milliards aux intercepteurs de défense antimissile et 1,2 milliard à d’autres munitions.

Les forces américaines ont employé plusieurs catégories d’intercepteurs pour répondre aux tirs iraniens de missiles balistiques et de drones, notamment les systèmes Patriot, THAAD, SM-3 et SM-6. La consommation de ces armes a été particulièrement importante pendant les premières semaines du conflit, lorsque les opérations étaient les plus intenses.

Le CBO souligne toutefois que son estimation du nombre exact de munitions utilisées repose en partie sur des informations publiquement disponibles, le département de la Défense n’ayant pas répondu à ses demandes de données. L’agence précise donc que ses calculs restent entourés d’une incertitude significative.

Les stocks d’intercepteurs deviennent un problème stratégique

Au-delà du coût de remplacement, la vitesse à laquelle les intercepteurs ont été consommés inquiète particulièrement le CBO.

Selon le rapport, le conflit avec l’Iran et les opérations américaines visant à défendre Israël contre les attaques iraniennes ont absorbé une part importante des stocks disponibles depuis juin 2025. Le résultat est une diminution des réserves qui pourrait affecter la capacité américaine pendant plusieurs années.

Le CBO décrit cette situation comme un coût d’opportunité militaire. Ces missiles ne peuvent pas être remplacés immédiatement, même si le financement nécessaire est disponible.

L’agence avertit que la pénurie deviendrait particulièrement problématique dans un conflit contre un adversaire possédant de grandes quantités de missiles balistiques et de croisière. Elle cite explicitement la Chine et le rôle que de telles armes pourraient jouer dans un éventuel conflit autour de Taïwan.

Une reconstitution complète pourrait prendre au moins cinq ans

Le problème n’est donc pas uniquement budgétaire. Il concerne aussi les capacités industrielles nécessaires pour reconstruire les stocks.

Le CBO estime que le réapprovisionnement des réserves d’intercepteurs prendrait probablement au moins cinq ans, même si le rythme de production augmentait.

Le rapport du Defense Department Inspector General cité dans les informations fournies aboutit à une conclusion similaire sur les difficultés de réapprovisionnement. Il identifie des pénuries de moteurs à propergol solide, d’explosifs, de propulseurs et de main-d’œuvre qualifiée comme des facteurs compliquant la reconstitution des stocks.

Ces contraintes signifient qu’une augmentation des crédits ne produit pas automatiquement une hausse équivalente et immédiate du nombre de missiles disponibles.

Les heures de vol ont ajouté 10,4 milliards de dollars

Les opérations aériennes constituent le deuxième grand poste de dépenses.

Le CBO estime que l’augmentation des heures de vol liées au conflit a coûté environ 10,4 milliards de dollars jusqu’au 1er août. Ce calcul ne couvre que les heures supplémentaires par rapport aux niveaux normaux observés en temps de paix.

Environ 3,4 milliards de dollars correspondent aux avions tactiques de l’Air Force. Les bombardiers et autres appareils de soutien de l’Air Force représentent 4,6 milliards supplémentaires, tandis que les avions tactiques de la Navy opérant depuis des porte-avions et des navires d’assaut amphibie ont coûté environ 2,4 milliards.

Le nombre d’avions de combat engagés directement ne raconte donc qu’une partie de l’histoire. Les bombardiers, avions ravitailleurs, appareils de transport et autres plateformes de soutien ont généré une part considérable des dépenses.

Les opérations ont mobilisé une force aérienne et navale importante

Le CBO rappelle qu’environ 250 avions tactiques ont participé à la phase initiale du conflit. Deux groupes aéronavals en fournissaient environ 90, tandis qu’un groupe amphibie participait également aux opérations.

Ces forces étaient soutenues par des bombardiers, des avions-cargos, des appareils de ravitaillement et d’autres aéronefs, ainsi que par des navires supplémentaires et différentes unités de l’armée de terre.

Le CBO note que la phase initiale restait plus courte et plus limitée que les grandes opérations américaines en Irak ou en Afghanistan, mais qu’elle était plus importante que la plupart des campagnes aériennes limitées menées depuis la fin des années 1990.

Le carburant a ajouté 2,7 milliards aux dépenses

Le conflit a également accru directement les dépenses énergétiques du département de la Défense.

Le CBO estime que la hausse des prix du carburant imputable aux perturbations liées au conflit a ajouté environ 2,7 milliards de dollars aux coûts du Pentagone pour l’exercice 2026.

L’agence explique que les réductions des flux pétroliers à travers le détroit d’Hormuz ont contribué à faire monter les prix du brut.

La Defense Logistics Agency, chargée notamment d’acheter le carburant pour le département de la Défense, a appliqué une surcharge de 42 dollars par baril. Entre avril et juin, cette mesure a augmenté de 835 millions de dollars les dépenses énergétiques des services militaires.

Le CBO intègre également une perte attendue de 1,822 milliard de dollars sur les ventes de carburant de l’agence logistique.

Les coûts supplémentaires continuent même lorsque les combats ralentissent

Après la phase initiale, le niveau de violence a diminué, mais le conflit n’a pas disparu.

Le CBO estime qu’un mois supplémentaire de combats à une intensité comparable à celle observée en mai et juin coûterait environ 2 milliards de dollars au Pentagone.

Si les opérations retrouvaient le niveau de juillet, le coût mensuel passerait à environ 3 milliards.

Une escalade supplémentaire pourrait pousser ce montant au-delà de 3 milliards.

Cette distinction montre que le coût futur dépend fortement du rythme des opérations plutôt que d’un montant fixe par mois.

L’estimation du CBO dépasse le bilan précédent du Pentagone

Le rapport du CBO arrive après une première comptabilité globale publiée par l’inspecteur général du département de la Défense.

Le Pentagone estimait que le conflit avait coûté environ 33,4 milliards de dollars au 29 juin. Ce montant comprenait 7,4 milliards de coûts opérationnels supplémentaires, 22,3 milliards destinés au remplacement des munitions consommées et 3,7 milliards de pertes de matériel.

La différence avec le chiffre de 38,1 milliards du CBO s’explique notamment par la période couverte, l’estimation du CBO allant jusqu’au 1er août.

Les deux analyses aboutissent néanmoins à une conclusion similaire : le remplacement des munitions représente la principale source de dépenses.

Des équipements militaires ont également été détruits

Le CBO évalue à environ 1,9 milliard de dollars le coût du matériel perdu au combat que le département de la Défense souhaiterait probablement remplacer.

Le rapport de l’inspecteur général décrit par ailleurs des dommages importants sur les installations américaines au Moyen-Orient.

Des frappes iraniennes ont endommagé ou détruit des centaines de bâtiments et structures situés sur des bases réparties dans huit pays de la région.

Des dizaines d’aéronefs ont également été endommagés ou détruits, notamment quatre F-15E, un F-35A, sept avions ravitailleurs KC-135, sept hélicoptères et plus de 30 drones, selon le rapport cité.

Le CBO précise que certains appareils détruits, notamment le F-15E et le KC-135, ne sont plus produits sous leur forme actuelle, ce qui complique encore la question du remplacement.

La reconstruction des bases n’est pas incluse dans les 38 milliards

Un autre élément important reste absent de l’estimation centrale.

Le CBO n’a pas pu calculer le coût de réparation ou de reconstruction des bases et installations américaines endommagées par les attaques iraniennes.

Le département de la Défense n’a pas transmis à l’agence les informations nécessaires sur la valeur des biens et équipements détruits ou endommagés.

Le CBO ne connaît pas non plus l’étendue exacte des travaux que le Pentagone prévoit d’effectuer. Une partie des coûts pourrait éventuellement être prise en charge par les pays hôtes.

La facture finale pourrait donc dépasser les dépenses déjà identifiées.

Les coûts diplomatiques s’ajoutent aux dépenses militaires

Le rapport du Pentagone mentionne également des dépenses extérieures au département de la Défense.

Le département d’État aurait engagé 79,2 millions de dollars pour des évacuations et d’autres mesures d’urgence concernant des personnes dans la région.

Le même rapport estime à 184 millions de dollars les dommages subis par des sites diplomatiques en Irak, au Koweït, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

Le CBO précise qu’il n’a pas intégré ce type de coûts additionnels dans son estimation militaire principale et qu’il n’a pas pu fournir de calcul complet pour les dépenses diplomatiques ou certaines formes potentielles d’aide extérieure.

Les prix de l’énergie ont des conséquences au-delà du Pentagone

Le CBO examine également les effets économiques plus larges du conflit.

Selon l’agence, la réduction des expéditions de pétrole et de gaz naturel via le détroit d’Hormuz, ainsi que les perturbations du transport maritime en mer Rouge, ont augmenté les prix mondiaux de l’énergie.

Le rapport estime que ces développements ont affecté non seulement le pétrole brut, mais aussi les produits raffinés comme l’essence, le diesel et le carburant aérien.

La hausse de l’énergie influence ensuite le coût d’autres biens et services parce que le transport entre dans le prix de nombreux produits.

L’impact budgétaire dépasse donc les opérations militaires

Pour le CBO, l’effet de la guerre doit être séparé en plusieurs catégories qui ne peuvent pas simplement être additionnées.

Les 38,1 milliards représentent principalement les coûts opérationnels, logistiques et de soutien du département de la Défense jusqu’au 1er août.

D’autres effets concernent l’économie, les taux d’intérêt, les opérations diplomatiques, les dommages aux infrastructures et les dépenses futures de réparation.

L’agence avertit elle-même que ces estimations reposent sur différentes méthodes, périodes et niveaux d’incertitude et ne doivent donc pas être traitées comme une seule facture consolidée.

Le risque principal devient la capacité à remplacer ce qui a été utilisé

Le chiffre de 38,1 milliards attire l’attention, mais le message stratégique du rapport est plus large.

Les États-Unis peuvent financer de nouvelles commandes, mais ils ne peuvent pas reconstituer instantanément leurs stocks de missiles.

La consommation d’intercepteurs et de missiles de croisière a créé un décalage entre les besoins militaires et la capacité industrielle à produire rapidement des remplaçants.

Cette situation explique pourquoi le CBO insiste particulièrement sur les conséquences potentielles d’un autre conflit impliquant un adversaire doté d’un arsenal important de missiles.

Le coût de la guerre avec l’Iran se mesure donc à la fois en dollars dépensés et en capacités militaires indisponibles à court terme.

Alors que les opérations se poursuivent, chaque mois supplémentaire peut ajouter plusieurs milliards à la facture. Mais même après la fin des combats, le rétablissement complet des stocks d’intercepteurs pourrait prendre des années, ce qui transforme l’héritage du conflit en problème de préparation militaire bien au-delà de son coût immédiat.

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