Bitcoin reste l’actif numérique le plus connu du marché crypto, mais l’attention d’une partie croissante des conseillers financiers semble désormais se déplacer vers les stablecoins et la tokenisation. Selon Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, les discussions récentes avec plus de 40 conseillers financiers montrent que l’intérêt pour la crypto n’a pas disparu malgré le marché baissier. En revanche, les sujets qui captent le plus leur attention ne sont plus uniquement liés au Bitcoin.
Hougan affirme avoir mené huit appels commerciaux en une seule journée avec des équipes de conseillers. Deux tendances principales se sont dégagées. D’abord, les conseillers financiers restent intéressés par les actifs numériques malgré la faiblesse du marché. Ensuite, leur curiosité se concentre de plus en plus sur les applications réelles de la technologie blockchain, notamment les stablecoins et la tokenisation.
Cette évolution est importante pour le secteur crypto. Lors des cycles précédents, Bitcoin a souvent été la porte d’entrée principale pour les investisseurs traditionnels. Il représentait une réserve de valeur numérique, un actif rare et un moyen de s’exposer à la croissance de l’écosystème. Mais le marché évolue. Les conseillers financiers semblent vouloir comprendre non seulement pourquoi posséder un actif numérique, mais aussi comment la technologie peut transformer les paiements, les marchés de capitaux et les produits financiers.
Pour Hougan, cette transition pourrait jouer un rôle central dans le prochain cycle haussier. Si les conseillers financiers et les investisseurs institutionnels deviennent la prochaine grande source d’entrées de capitaux, l’argent pourrait d’abord se diriger vers des actifs et entreprises liés aux stablecoins, à la tokenisation et aux infrastructures blockchain, plutôt que vers Bitcoin seul.
Pourquoi Bitcoin passe au second plan
Bitcoin ne disparaît pas du radar des investisseurs. Hougan affirme même trouver le prix actuel du Bitcoin au-dessus de 60 000 dollars “incroyablement attractif” pour les investisseurs de long terme. Il reconnaît aussi que Bitcoin a historiquement mené les reprises du marché crypto après les grandes phases baissières, en raison de sa taille, de sa liquidité et de son statut d’actif numérique le plus établi.
Mais l’attention des conseillers financiers semble moins concentrée sur le récit traditionnel du Bitcoin. Pendant plusieurs années, l’un des principaux arguments en faveur de Bitcoin était la dépréciation des monnaies fiduciaires. L’idée était que l’expansion monétaire, les déficits publics et l’inflation rendaient les actifs rares plus attractifs.
Selon Hougan, ce thème a reculé dans l’esprit des investisseurs. Il cite notamment l’or, qui se négocie environ 20 % sous son plus haut historique, comme signe que la thèse de la dépréciation monétaire attire moins l’attention qu’avant.
Cela ne signifie pas que Bitcoin a perdu son rôle. Mais les investisseurs professionnels semblent chercher des récits plus directement liés à l’utilisation économique. Stablecoins, paiements numériques, marchés tokenisés et infrastructures de règlement leur paraissent plus tangibles que la seule idée d’une réserve de valeur décentralisée.
Les stablecoins deviennent un thème central
Les stablecoins occupent une place croissante dans les discussions parce qu’ils répondent à un besoin clair : transférer de la valeur rapidement, à faible coût et avec une stabilité relative par rapport aux monnaies traditionnelles. Contrairement à Bitcoin ou Ethereum, un stablecoin est généralement conçu pour maintenir une valeur proche d’une devise comme le dollar.
Pour les conseillers financiers, cela rend le sujet plus simple à expliquer. Un stablecoin peut être présenté comme une infrastructure de paiement ou de règlement, et non comme un actif spéculatif très volatil. Cette distinction est essentielle pour les clients traditionnels, qui peuvent être intéressés par la technologie sans vouloir s’exposer directement à de fortes variations de prix.
Les stablecoins sont déjà utilisés dans plusieurs cas : transferts internationaux, paiements commerciaux, accès au dollar dans certains marchés, règlement entre plateformes crypto, gestion de trésorerie numérique et finance décentralisée. Leur adoption attire aussi l’attention des banques, des gestionnaires d’actifs et des régulateurs.
Le fait que des dirigeants comme le président de la SEC Paul Atkins, le PDG de Goldman Sachs David Solomon et le PDG de BlackRock Larry Fink discutent régulièrement des stablecoins contribue à renforcer leur crédibilité auprès des investisseurs traditionnels. Lorsque les grandes institutions financières parlent d’un thème, les conseillers financiers veulent comprendre comment il peut s’intégrer dans les portefeuilles ou dans les services financiers futurs.
La tokenisation attire les marchés de capitaux
La tokenisation est l’autre thème qui gagne du terrain. Elle consiste à représenter un actif réel ou financier sur une blockchain. Cela peut inclure des obligations, des fonds monétaires, des actions privées, des biens immobiliers, des crédits, des matières premières ou d’autres instruments financiers.
L’intérêt de la tokenisation vient de son potentiel à rendre les marchés plus efficaces. En théorie, elle peut améliorer le règlement, réduire les intermédiaires, faciliter la transférabilité, accroître la transparence et permettre une meilleure programmabilité des actifs. Pour les institutions, ce sujet est particulièrement important car il touche directement les marchés de capitaux.
Contrairement aux cycles crypto dominés par la spéculation sur les tokens, la tokenisation parle le langage de la finance traditionnelle. Elle ne demande pas nécessairement de croire que les actifs numériques vont remplacer tout le système existant. Elle propose plutôt d’améliorer certaines parties de l’infrastructure financière.
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles les conseillers financiers s’y intéressent. Ils peuvent voir dans la tokenisation un pont entre la finance traditionnelle et les rails blockchain. Les clients institutionnels peuvent aussi y trouver des cas d’usage plus concrets que dans les memecoins ou les récits spéculatifs.
Le marché baissier n’a pas supprimé l’intérêt pour la crypto
Un point important du message de Hougan est que les conseillers financiers restent intéressés par la crypto malgré le repli du marché. Dans les cycles précédents, l’attention institutionnelle diminuait souvent fortement pendant les phases baissières. Cette fois, l’intérêt semble plus durable, même s’il s’est déplacé vers des sujets plus pratiques.
Cette évolution peut indiquer que le marché crypto gagne en maturité. Les investisseurs ne regardent plus seulement les prix. Ils analysent les produits, les infrastructures, les applications et les flux potentiels. Une baisse du marché peut même devenir une période de recherche plus sérieuse, lorsque les récits purement spéculatifs perdent de leur force.
Hougan voit cela comme un signal positif pour le prochain cycle. Si les conseillers financiers restent présents pendant la baisse, ils pourraient être mieux préparés à allouer du capital lorsque les conditions de marché s’améliorent. Leur intérêt actuel pourrait donc former une base pour la prochaine phase d’adoption.
Mais cette adoption ne sera pas forcément centrée uniquement sur Bitcoin. Elle pourrait se répartir entre plusieurs segments : stablecoins, tokenisation, Ethereum, Solana, Chainlink, Avalanche, Canton, entreprises crypto cotées et plateformes d’infrastructure.
Les cycles crypto ont toujours eu besoin de nouveaux produits
Hougan rappelle que chaque grand cycle haussier de la crypto a été alimenté par une combinaison de nouveaux produits et de nouveaux groupes d’investisseurs. Après le marché baissier de 2014, Ethereum et les premiers investisseurs particuliers ont contribué au cycle suivant. Après 2018, DeFi Summer et les investisseurs particuliers de l’ère Covid ont joué un rôle majeur. Après l’effondrement de FTX en 2022, les ETF Bitcoin au comptant, les investisseurs particuliers de masse et les hedge funds ont participé à la reprise.
Cette lecture est utile pour comprendre le moment actuel. Le prochain cycle ne dépendra peut-être pas uniquement d’un retour de l’enthousiasme pour Bitcoin. Il pourrait venir d’un ensemble plus large de produits : stablecoins, tokenisation, contrats perpétuels, infrastructures de paiement, actifs réels tokenisés et applications financières concrètes.
Mais les produits ne suffisent pas. Il faut aussi une nouvelle vague d’investisseurs. Pour Hougan, les conseillers financiers et les investisseurs institutionnels représentent l’une des meilleures chances du secteur. Ils gèrent des masses de capitaux considérables, mais beaucoup font encore face à des obstacles pour accéder à une exposition crypto.
Si ces obstacles diminuent, le potentiel d’entrée de capitaux pourrait être important. Les conseillers financiers gèrent collectivement plus de 175 000 milliards de dollars, selon Hougan. Même une allocation limitée vers des produits liés à la blockchain pourrait avoir un effet significatif sur le marché.
Ethereum et Solana pourraient bénéficier du changement
Si l’attention se déplace vers les stablecoins et la tokenisation, certains réseaux blockchain pourraient bénéficier davantage que Bitcoin. Hougan cite notamment Ethereum, Solana, Canton, Chainlink et Avalanche comme des actifs ou infrastructures évoqués dans ses discussions.
Ethereum occupe une place centrale dans la tokenisation et les stablecoins. Une grande partie des actifs tokenisés, des applications financières décentralisées et des stablecoins circulent sur Ethereum ou sur des solutions liées à son écosystème. Sa crédibilité institutionnelle s’est aussi renforcée grâce à son historique, sa liquidité et son infrastructure de développeurs.
Solana attire l’attention grâce à sa rapidité, ses faibles coûts de transaction et son positionnement dans les paiements, les applications grand public et les infrastructures à grande échelle. Si les stablecoins deviennent un usage dominant, les réseaux capables de traiter un grand volume de transactions à faible coût pourraient gagner en importance.
Chainlink peut bénéficier de la tokenisation grâce à son rôle dans les oracles, les données et l’interopérabilité. Avalanche et Canton peuvent également être pertinents pour des cas d’usage institutionnels, notamment lorsque les entreprises recherchent des environnements adaptés aux exigences de conformité et de performance.
Cette diversité montre que les conseillers financiers développent une vision plus nuancée du marché crypto. Ils ne se limitent plus à une question simple : acheter ou non du Bitcoin. Ils cherchent à comprendre quelles infrastructures peuvent soutenir les usages futurs.
Les entreprises crypto pourraient aussi profiter du mouvement
Hougan mentionne également des entreprises liées à la crypto comme Figure, Circle et Coinbase. Ces sociétés pourraient bénéficier si les conseillers financiers et les institutions privilégient les applications concrètes plutôt que la seule exposition à Bitcoin.
Circle est directement lié au thème des stablecoins grâce à l’USDC. Si les stablecoins deviennent un élément majeur des paiements et des marchés de capitaux, les entreprises qui émettent, gèrent ou distribuent ces actifs peuvent attirer davantage d’attention.
Coinbase pourrait profiter d’une adoption plus large en tant que plateforme réglementée, infrastructure de conservation, lieu de négociation et fournisseur de services pour les institutions. Même si le volume de trading reste cyclique, la diversification vers la garde, les stablecoins, les services institutionnels et les solutions blockchain peut soutenir son rôle.
Figure, de son côté, est associée à la tokenisation et aux infrastructures de marchés financiers numériques. Si les actifs réels tokenisés deviennent un thème central, les entreprises positionnées sur ce segment pourraient gagner en visibilité.
Les investisseurs pourraient donc ne pas chercher uniquement les tokens gagnants. Ils pourraient aussi s’intéresser aux actions d’entreprises exposées à la croissance des infrastructures blockchain.
Pourquoi les conseillers financiers sont importants
Les conseillers financiers occupent une position particulière dans l’adoption des actifs numériques. Ils ne sont pas seulement des investisseurs. Ils sont aussi des intermédiaires de confiance pour des millions de clients individuels, familles fortunées, entrepreneurs et institutions.
Lorsqu’un conseiller financier comprend mieux un thème, il peut commencer à l’expliquer, à l’intégrer dans une allocation et à répondre aux questions des clients. Cela ne signifie pas nécessairement une recommandation massive ou immédiate. Mais cela crée un canal d’adoption plus structuré.
Pendant longtemps, la crypto a été portée par les investisseurs particuliers autonomes, les communautés en ligne, les fonds spécialisés et certains hedge funds. L’arrivée plus large des conseillers financiers pourrait modifier cette dynamique. Elle pourrait rendre l’exposition crypto plus institutionnelle, plus encadrée et plus intégrée aux portefeuilles traditionnels.
Cela pourrait aussi changer la nature de la demande. Les conseillers financiers peuvent préférer des produits réglementés, liquides, simples à expliquer et liés à des cas d’usage concrets. Cela favorise potentiellement les ETF, les produits indiciels, les stablecoins réglementés, la tokenisation d’actifs réels et les infrastructures institutionnelles.
Bitcoin reste important, mais le récit s’élargit
Même si Bitcoin passe au second plan dans les discussions décrites par Hougan, il reste un actif central. Il demeure le plus grand actif crypto par capitalisation, bénéficie d’une forte reconnaissance, d’une liquidité importante et d’un statut particulier comme réserve de valeur numérique.
Mais le marché n’est plus uniquement dominé par le débat autour de Bitcoin. Les investisseurs veulent comprendre comment la blockchain peut être utilisée dans les paiements, les titres financiers, le règlement, la gestion d’actifs, les marchés privés et les infrastructures institutionnelles.
C’est une évolution naturelle. À mesure qu’un secteur mûrit, les discussions deviennent plus spécialisées. Au départ, Bitcoin représentait l’ensemble de la crypto pour beaucoup d’investisseurs. Aujourd’hui, la crypto comprend plusieurs sous-secteurs, chacun avec ses propres moteurs, risques et opportunités.
Cette diversification peut rendre le marché plus complexe, mais aussi plus attractif pour les professionnels. Un conseiller financier peut ne pas être convaincu par Bitcoin comme réserve de valeur, mais s’intéresser à la tokenisation des obligations. Un autre peut rester prudent sur les altcoins, mais voir les stablecoins comme une innovation importante dans les paiements.
L’intérêt croissant pour les stablecoins et la tokenisation ne supprime pas les risques. Les stablecoins dépendent de la qualité des réserves, de la réglementation, de la transparence des émetteurs et de la confiance dans leur capacité à maintenir leur parité. Un stablecoin mal géré peut créer des risques pour les utilisateurs et pour le système financier.
La tokenisation, elle aussi, comporte des défis. La représentation d’un actif sur blockchain ne garantit pas automatiquement la propriété juridique, la liquidité, la conformité ou la protection des investisseurs. Les questions de garde, de règlement, de droit applicable et d’interopérabilité restent essentielles.
Les réseaux blockchain eux-mêmes présentent des risques techniques : congestion, bugs, attaques, gouvernance, dépendance aux validateurs ou aux infrastructures externes. Les institutions ne peuvent pas ignorer ces éléments si elles veulent utiliser ces technologies à grande échelle.
Enfin, les prix des tokens associés à ces thèmes peuvent rester volatils. Même si un cas d’usage est prometteur, l’actif lié peut être surévalué, mal structuré ou exposé à des cycles spéculatifs.
Ce que les investisseurs doivent surveiller
Les investisseurs doivent d’abord surveiller la progression réglementaire autour des stablecoins et de la tokenisation. Des règles plus claires peuvent accélérer l’adoption institutionnelle.
Le deuxième facteur est l’activité des grandes institutions financières. Les commentaires de dirigeants comme Larry Fink, David Solomon ou Paul Atkins influencent fortement la perception du marché. Si les grandes institutions lancent davantage de produits tokenisés ou de solutions stablecoins, l’intérêt des conseillers financiers pourrait augmenter.
Le troisième point est l’évolution des flux. Si les capitaux institutionnels se dirigent vers Ethereum, Solana, Chainlink, Avalanche, Canton ou des entreprises comme Circle et Coinbase, cela confirmerait le déplacement de l’attention au-delà de Bitcoin.
Le quatrième élément est la demande des clients finaux. Les conseillers financiers ne peuvent pas pousser durablement un thème si les clients ne veulent pas l’intégrer à leurs portefeuilles.
Enfin, Bitcoin reste à surveiller. Même si stablecoins et tokenisation dominent les discussions, une reprise forte du Bitcoin pourrait relancer l’ensemble du marché crypto.
Selon Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, les conseillers financiers regardent désormais davantage les stablecoins et la tokenisation que Bitcoin. Ce changement ne signifie pas que Bitcoin perd son importance, mais il montre que le marché crypto devient plus mature, plus diversifié et plus centré sur les applications réelles.
Les conseillers financiers restent intéressés par la crypto malgré le marché baissier. Leur attention se déplace vers les paiements, les marchés de capitaux, la tokenisation d’actifs et les infrastructures capables de soutenir une adoption institutionnelle plus large.
Le prochain cycle crypto pourrait ne pas être dominé uniquement par Bitcoin. Si les conseillers financiers et les institutions deviennent la prochaine grande source d’entrées de capitaux, les stablecoins, la tokenisation, Ethereum, Solana, Chainlink, Avalanche, Canton et les entreprises d’infrastructure crypto pourraient jouer un rôle majeur dans la prochaine phase de croissance.



