Le dollar américain a légèrement reculé après les déclarations de Donald Trump indiquant qu’un accord entre les États-Unis et l’Iran pourrait être conclu dans les prochains jours. Le président américain a également affirmé que le détroit de Hormuz pourrait rouvrir peu après la signature d’un accord, ce qui a entraîné une forte baisse des prix du pétrole et réduit la demande pour le billet vert comme actif défensif.
L’indice du dollar américain, le DXY, qui mesure la valeur du billet vert face à un panier de grandes devises, évoluait autour de 99,95, en baisse de 0,09 %. Ce mouvement reste modéré, mais il reflète un changement important dans la perception du risque. Les marchés commencent à intégrer la possibilité d’une détente au Moyen-Orient après plusieurs jours de tensions autour d’Israël, de l’Iran, du Liban, du détroit de Hormuz et des routes maritimes stratégiques.
Le recul du dollar s’explique aussi par le fait que les marchés ont réduit une partie de la prime géopolitique liée au pétrole. Lorsque les prix du brut chutent sur l’espoir d’une réouverture de Hormuz, les craintes d’inflation énergétique diminuent. Cela peut réduire la pression sur la Réserve fédérale et limiter la demande pour le dollar, surtout si les investisseurs pensent que le risque de crise mondiale s’éloigne.
Mais le contexte reste complexe. Même si Trump affirme qu’un accord est proche, les marchés surveillent encore la politique monétaire américaine, les chiffres de l’emploi, les attentes sur les taux de la Fed et la solidité relative de l’économie américaine. Le dollar baisse donc sur la détente géopolitique, mais il reste soutenu par l’idée que les taux américains pourraient rester élevés plus longtemps.
Pourquoi l’espoir d’un accord pèse sur le dollar
Le dollar agit souvent comme valeur refuge lorsque les tensions géopolitiques augmentent. En période de guerre, de crise énergétique ou de risque financier, les investisseurs cherchent généralement des actifs liquides et perçus comme sûrs. Le billet vert bénéficie alors d’entrées de capitaux, surtout lorsque les marchés craignent une escalade internationale.
Lorsque Trump affirme qu’un accord avec l’Iran pourrait arriver rapidement, cette logique s’inverse partiellement. Les investisseurs réduisent leur besoin de protection, les prix du pétrole reculent, et les devises plus sensibles au risque peuvent reprendre de la force. Le dollar perd alors une partie de son soutien défensif.
La réouverture potentielle du détroit de Hormuz est au centre de ce mouvement. Hormuz est une route essentielle pour le pétrole et le gaz naturel liquéfié. Son blocage ou sa perturbation a soutenu les prix de l’énergie, alimenté les craintes d’inflation et renforcé la prudence des investisseurs. Si cette route redevient plus sûre, les marchés peuvent revoir à la baisse le risque d’un choc énergétique prolongé.
Cette détente peut aussi modifier les anticipations de politique monétaire. Une baisse du pétrole réduit le risque que l’inflation reste durablement élevée. Si l’inflation énergétique diminue, la Fed pourrait avoir moins de raisons de durcir davantage sa politique, même si l’emploi reste solide.
Le pétrole devient le principal canal de transmission
Le mouvement du dollar est étroitement lié à la chute du pétrole. Les déclarations de Trump ont laissé entendre que la conclusion d’un accord avec l’Iran permettrait de rouvrir rapidement le détroit de Hormuz. Cette perspective a pesé sur le brut, car elle réduit le risque de perturbation prolongée des exportations énergétiques du Golfe.
Lorsque le pétrole baisse, plusieurs effets apparaissent. D’abord, les anticipations d’inflation peuvent se calmer. Ensuite, les coûts pour les consommateurs, les transporteurs, les compagnies aériennes et les industries énergivores peuvent diminuer. Enfin, les banques centrales peuvent faire face à une pression moindre pour maintenir une politique très restrictive.
Pour le dollar, cela peut être négatif si les investisseurs réduisent leurs paris sur des taux américains plus élevés. Le billet vert reste très sensible à l’écart entre les rendements américains et ceux des autres grandes économies. Si les marchés pensent que la Fed n’aura pas besoin de relever les taux, une partie du soutien monétaire au dollar peut s’affaiblir.
Cependant, cette relation n’est pas automatique. Si l’accord échoue ou si les tensions reprennent, le pétrole pourrait rebondir et le dollar retrouver son rôle de valeur refuge. Les investisseurs doivent donc traiter la baisse actuelle comme une réaction à un scénario diplomatique, pas comme une preuve que le risque a disparu.
Les principales devises gagnent du terrain
Le recul du dollar s’est manifesté face à plusieurs grandes devises. Face à l’euro, le billet vert évoluait autour de 1,154. Face à la livre sterling, il reculait plus nettement, avec une cotation autour de 1,338. Le yen japonais, le franc suisse, le dollar canadien et le dollar australien ont également réagi de manière différente selon leurs propres facteurs économiques.
La livre sterling a bénéficié d’un soutien supplémentaire après des données positives sur les ventes au détail au Royaume-Uni. Les ventes de détail comparables ont progressé de 3,7 % sur un an en mai 2026, bien au-dessus des attentes du marché, qui tablaient sur une hausse de seulement 0,6 %. Cette surprise positive a renforcé la devise britannique, car elle suggère une consommation plus solide que prévu.
L’euro a aussi profité du léger recul du dollar, même si la dynamique européenne reste dépendante de la croissance, de l’inflation et de la politique de la Banque centrale européenne. Le yen japonais reste, lui, particulièrement sensible aux écarts de taux entre les États-Unis et le Japon. Tant que les rendements américains restent élevés, le yen peut avoir du mal à se renforcer durablement.
Le dollar canadien, de son côté, reste influencé par les prix de l’énergie, car le Canada est un grand producteur de matières premières. Une baisse du pétrole peut limiter son potentiel de progression, même lorsque le dollar américain recule globalement.
La Fed reste un facteur de soutien pour le dollar
Malgré la baisse du jour, le dollar ne perd pas tous ses soutiens. La Réserve fédérale reste au centre du marché des changes, surtout à l’approche de sa réunion des 16 et 17 juin sous la présidence de Kevin Warsh. Les investisseurs attendent de savoir si la Fed maintiendra ses taux actuels ou si elle signalera une trajectoire plus restrictive pour les prochains mois.
Après le rapport solide sur l’emploi publié vendredi, les marchés estiment désormais à 98,2 % la probabilité que la Fed maintienne ses taux au niveau actuel lors de la prochaine réunion. Cette attente montre que le scénario central n’est pas une baisse immédiate. Les taux américains restent donc relativement attractifs pour les investisseurs internationaux.
Un sondage Reuters réalisé du 4 au 9 juin indique qu’environ 70 % des économistes interrogés pensent que le taux directeur restera dans la fourchette actuelle de 3,50 % à 3,75 % pendant le reste de l’année 2026. Plusieurs économistes ont reporté leurs attentes de baisse des taux à l’année prochaine, tandis que certains les ont même abandonnées.
Ce contexte limite la faiblesse du dollar. Même si la détente géopolitique pèse sur la demande refuge, les taux américains élevés continuent de soutenir le billet vert face aux devises de pays où la politique monétaire pourrait devenir plus accommodante.
Les données économiques américaines donnent un signal mixte
Les données économiques récentes offrent un tableau nuancé. D’un côté, l’emploi privé montre un ralentissement. Les données ADP indiquent que les employeurs privés ont ajouté en moyenne 29 000 emplois par semaine sur les quatre semaines terminées le 23 mai, marquant une troisième semaine consécutive d’assouplissement de la croissance de l’emploi.
De l’autre côté, certains indicateurs restent résistants. Le déficit commercial américain s’est réduit à 55,9 milliards de dollars en avril, contre 56,6 milliards en mars, dépassant les attentes du marché. Les ventes de logements existants ont augmenté de 3,2 % sur un mois pour atteindre un rythme annualisé de 4,17 millions.
Ces chiffres compliquent le travail de la Fed. Un ralentissement de l’emploi privé pourrait plaider pour une approche prudente. Mais un marché immobilier plus solide et un déficit commercial moins large peuvent suggérer que l’économie conserve une certaine vigueur. Si l’inflation reste au-dessus de l’objectif, la banque centrale pourrait donc rester prudente avant d’envisager des baisses de taux.
Pour le dollar, ce mélange de données signifie que la devise peut rester volatile. Les investisseurs devront arbitrer entre la détente géopolitique, la baisse du pétrole, la résistance économique et la trajectoire des taux.
Le rôle politique des déclarations de Trump
Les déclarations de Trump jouent un rôle direct dans le mouvement du marché. Le président américain affirme que l’Iran est prêt à conclure un accord et que les discussions sont dans leur phase finale. Il a aussi indiqué que le blocus naval imposé aux ports iraniens avait été plus efficace que les bombardements.
Ce message sert plusieurs objectifs. Sur le plan diplomatique, il met la pression sur Téhéran pour conclure rapidement. Sur le plan politique intérieur, il présente la stratégie américaine comme efficace. Sur le plan économique, il cherche à convaincre les marchés que les prix du pétrole peuvent baisser si un accord est signé.
Mais les investisseurs savent que les annonces politiques ne suffisent pas. Un accord doit être formalisé, accepté par les parties concernées et appliqué sur le terrain. La réouverture de Hormuz doit également être vérifiable. Les navires doivent pouvoir circuler avec moins de risque, les assureurs doivent réduire leurs primes, et les flux de pétrole doivent se normaliser.
Le marché a donc réagi positivement aux déclarations, mais il attendra des preuves concrètes. Une absence de progrès dans les deux ou trois jours évoqués pourrait rapidement inverser une partie du mouvement.
Impact potentiel sur les marchés mondiaux
Si un accord entre les États-Unis et l’Iran se concrétise, les effets pourraient dépasser le marché des changes. Le pétrole pourrait rester sous pression, les anticipations d’inflation pourraient reculer, les rendements obligataires pourraient se stabiliser et les actifs risqués pourraient bénéficier d’un regain d’appétit pour le risque.
Les marchés émergents pourraient aussi en profiter. Une baisse du pétrole et un dollar moins fort sont généralement favorables aux pays importateurs d’énergie. Cela peut réduire la pression sur les balances commerciales, calmer l’inflation importée et soutenir les devises locales.
Pour les actions, le résultat dépendra des secteurs. Les compagnies aériennes, les transporteurs, les consommateurs et les industries énergivores pourraient bénéficier d’une baisse du pétrole. Les producteurs d’énergie pourraient, en revanche, voir leur avantage se réduire si les prix du brut reculent durablement.
Pour les obligations, une détente de l’inflation énergétique pourrait réduire les pressions sur les rendements. Mais si la Fed maintient ses taux élevés pendant le reste de l’année, l’impact pourrait rester limité.
Ce que les investisseurs doivent surveiller
Les investisseurs doivent d’abord surveiller la confirmation d’un accord entre Washington et Téhéran. Les déclarations de Trump créent une attente forte, mais le marché aura besoin d’éléments concrets : calendrier, conditions, mécanisme de réouverture de Hormuz et garanties sur le nucléaire iranien.
Le deuxième facteur est le pétrole. Si les prix continuent de baisser, le dollar pourrait rester sous pression. Si le brut rebondit à cause d’un blocage diplomatique ou d’une nouvelle escalade, le dollar pourrait retrouver son rôle de refuge.
Le troisième point est la réunion de la Fed des 16 et 17 juin. Le ton de Kevin Warsh sera crucial pour les marchés de change. Une Fed ferme pourrait soutenir le dollar, même si le risque géopolitique diminue.
Le quatrième élément est l’évolution des données économiques américaines. Emploi, inflation, ventes de logements, commerce extérieur et consommation continueront de guider les attentes sur les taux.
Enfin, les investisseurs doivent surveiller les devises sensibles à l’énergie et au risque, comme le dollar canadien, le dollar australien et certaines devises émergentes. Elles pourraient réagir fortement à la combinaison pétrole-dollar-taux.
Le dollar américain a légèrement reculé après les déclarations de Donald Trump sur un possible accord rapide entre les États-Unis et l’Iran. L’espoir d’une réouverture du détroit de Hormuz a fait chuter le pétrole, réduit une partie des craintes inflationnistes et affaibli la demande refuge pour le billet vert.
Mais la baisse reste limitée par la politique monétaire américaine. La Fed devrait probablement maintenir ses taux lors de sa réunion de juin, et de nombreux économistes pensent que le taux directeur restera dans sa fourchette actuelle pour le reste de 2026. Tant que les rendements américains restent attractifs, le dollar conserve un soutien de fond.
Le dollar recule parce que le marché voit une chance de désescalade avec l’Iran et de baisse durable du pétrole. Mais cette faiblesse dépendra de la confirmation d’un accord, de la réouverture réelle de Hormuz et du ton de la Fed. Sans progrès concret, le billet vert pourrait rapidement retrouver son rôle de valeur refuge.



