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L’or se stabilise alors que le pétrole recule et que les marchés doutent d’un accord avec l’Iran

Prix de l’or stable alors que le pétrole baisse et que les marchés surveillent la guerre en Iran

Les prix de l’or se sont stabilisés jeudi après avoir chuté d’environ 1 % plus tôt dans la séance. Le métal précieux a été soutenu par un dollar plus faible et par une baisse des rendements obligataires américains, alors que les prix du pétrole reculaient dans un marché toujours dominé par l’incertitude autour d’une possible fin de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

L’or au comptant progressait légèrement à 4 547,54 dollars l’once, tandis que les contrats à terme sur l’or américain pour livraison en juin ont terminé en baisse de 0,1 %, à 4 542,50 dollars. Le mouvement reste limité, mais il montre que les investisseurs hésitent entre plusieurs forces opposées : la demande de sécurité, le risque d’inflation, les variations du pétrole et les attentes de politique monétaire de la Réserve fédérale.

La séance a été particulièrement volatile pour l’énergie. Le pétrole a d’abord progressé avant de reculer, les traders tentant d’évaluer les chances réelles d’un accord pour mettre fin au conflit. Cette volatilité a directement influencé l’or, car les prix de l’énergie restent l’un des principaux moteurs de l’inflation mondiale.

Le repli du dollar soutient l’or

L’un des éléments favorables à l’or a été la détente du dollar. Après avoir atteint un plus haut de six semaines plus tôt dans la séance, le billet vert a réduit ses gains. Cela a rendu l’or, libellé en dollars, relativement moins cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises.

Cette relation est classique sur le marché des métaux précieux. Lorsque le dollar baisse, l’or peut devenir plus attractif pour les investisseurs internationaux. À l’inverse, un dollar fort a tendance à peser sur la demande, car il augmente le coût d’achat pour les détenteurs d’euros, de livres, de yens ou d’autres monnaies.

Jeudi, le recul du dollar a donc aidé l’or à effacer une partie de ses pertes. Mais le soutien est resté limité, car les investisseurs restent prudents face aux incertitudes géopolitiques et monétaires.

Les rendements américains reculent aussi

La baisse des rendements américains a également apporté un soutien au métal jaune. Le rendement du Treasury à 10 ans a reculé d’environ 0,2 %, réduisant le coût d’opportunité de la détention d’un actif qui ne verse pas d’intérêt.

L’or ne génère pas de coupon, contrairement aux obligations. Lorsque les rendements montent, les investisseurs peuvent préférer les titres obligataires, qui offrent un revenu régulier. Lorsque les rendements baissent, cette concurrence devient moins forte, ce qui peut soutenir l’or.

Cependant, le contexte reste compliqué. Même si les rendements ont reculé sur la séance, ils restent élevés par rapport aux niveaux observés dans les périodes de politique monétaire plus souple. Les marchés continuent de considérer que la Fed pourrait maintenir des taux élevés plus longtemps, voire relever encore ses taux si l’inflation énergétique persiste.

L’incertitude sur l’Iran domine la séance

Le marché reste suspendu à l’évolution des négociations autour de la guerre en Iran. Des informations contradictoires circulent sur la possibilité d’un accord entre Washington et Téhéran, ce qui maintient une forte volatilité sur les matières premières et les devises.

L’or est normalement considéré comme une valeur refuge en période de conflit. Pourtant, depuis le début de la guerre à la fin février, le métal jaune a reculé de plus de 14 %. Cette baisse peut sembler paradoxale, mais elle s’explique par la hausse des rendements et par les attentes de politique monétaire plus restrictive.

En d’autres termes, la guerre soutient l’or par le canal du risque géopolitique, mais elle le pénalise aussi par le canal de l’inflation et des taux. Si le conflit fait monter le pétrole, l’inflation peut augmenter. Si l’inflation augmente, les banques centrales peuvent maintenir ou relever leurs taux. Et des taux plus élevés sont généralement négatifs pour l’or.

Le pétrole reste le principal facteur d’inflation

Le pétrole a connu une séance agitée. Les prix ont d’abord gagné jusqu’à 3 % avant de reculer, reflétant l’incertitude sur la fin possible du conflit. Le marché reste particulièrement sensible à toute nouvelle concernant le détroit d’Hormuz, les sanctions, les négociations nucléaires et la sécurité maritime.

La guerre a perturbé le trafic maritime dans la région, notamment autour du détroit d’Hormuz, ce qui a soutenu les prix de l’énergie et renforcé les craintes inflationnistes. Pour les investisseurs en or, cette situation est doublement importante.

D’un côté, une hausse du pétrole peut renforcer l’attrait de l’or comme protection contre l’inflation. De l’autre, si cette inflation pousse la Fed ou d’autres banques centrales à durcir leur politique, l’or peut être pénalisé.

C’est cette contradiction qui explique la prudence actuelle sur le marché.

Les attentes de hausse de taux pèsent sur le métal jaune

Les traders évaluent désormais à environ 58 % la probabilité d’au moins une hausse de taux de 25 points de base de la Fed d’ici la fin de l’année. Cette probabilité était de 48 % la veille, ce qui montre un changement rapide des anticipations.

Cette évolution est défavorable à l’or. Même si le métal précieux est souvent perçu comme une couverture contre l’inflation, il tend à sous-performer lorsque les taux réels ou nominaux restent élevés. Les investisseurs peuvent alors privilégier les obligations, les liquidités rémunérées ou d’autres actifs offrant un rendement.

Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, a souligné que la hausse du pétrole, en alimentant l’inflation, pousse les banques centrales à maintenir leurs taux inchangés ou à envisager de nouvelles hausses. Selon lui, cela reste un obstacle pour l’or à court terme.

Le marché de l’or doit donc composer avec une équation difficile : le risque géopolitique soutient la demande défensive, mais la perspective de taux élevés limite le potentiel de hausse.

Les traders restent prudents

Peter Grant, stratégiste métaux chez Zaner Metals, a indiqué que le recul du pétrole et du dollar pourrait soutenir l’or à court terme. Mais il a aussi rappelé que les traders restent prudents, car les accords diplomatiques peuvent rapidement échouer.

Cette prudence est logique. Les discussions entre les États-Unis et l’Iran ont déjà connu plusieurs phases d’optimisme puis de déception. Chaque annonce peut faire bouger le pétrole, le dollar, les rendements et l’or en quelques minutes.

Dans cet environnement, les investisseurs évitent souvent de prendre des positions trop agressives. Ils attendent des signes plus clairs : un accord officiel, une réouverture durable des routes énergétiques, une baisse du risque d’escalade ou un changement dans les anticipations de la Fed.

L’argent, le platine et le palladium progressent

Les autres métaux précieux ont mieux résisté. L’argent au comptant a progressé de 0,9 % à 76,63 dollars l’once. Le platine a gagné 0,6 % à 1 962 dollars, tandis que le palladium a avancé de 1,1 % à 1 384,50 dollars.

L’argent bénéficie parfois d’un double profil : métal précieux et métal industriel. Il peut donc réagir à la fois aux mouvements de l’or et aux attentes sur l’activité économique. Le platine et le palladium, eux, sont davantage liés à l’industrie automobile, aux catalyseurs, à l’offre minière et aux conditions de marché spécifiques aux métaux du groupe platine.

Leur progression montre que le marché des métaux précieux ne réagit pas de façon uniforme. L’or reste plus directement lié aux taux, au dollar et au risque géopolitique, tandis que les autres métaux peuvent intégrer des facteurs industriels et physiques plus spécifiques.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

Le premier facteur à suivre est l’évolution des négociations entre Washington et Téhéran. Un accord crédible pourrait réduire le risque géopolitique, faire baisser le pétrole et peser sur la demande refuge pour l’or. Mais il pourrait aussi réduire les attentes d’inflation, ce qui serait potentiellement favorable si les rendements reculent.

Le deuxième facteur est le pétrole. Une nouvelle hausse forte de l’énergie pourrait relancer les craintes inflationnistes et pousser les rendements à la hausse, ce qui serait négatif pour l’or.

Le troisième facteur est le dollar. Si le billet vert reprend sa progression, l’or pourrait être à nouveau sous pression. Si le dollar continue de se détendre, le métal jaune pourrait retrouver un soutien.

Le quatrième facteur est la Fed. Les prochaines données sur l’inflation, l’emploi et la consommation seront essentielles pour déterminer si une hausse de taux reste probable d’ici la fin de l’année.

Enfin, les rendements réels doivent rester au centre de l’analyse. Tant qu’ils restent élevés, l’or aura du mal à construire une tendance haussière durable.

Conclusion

L’or s’est stabilisé jeudi après une baisse initiale, soutenu par un dollar plus faible et des rendements américains en recul. Mais le métal précieux reste pris entre deux forces opposées : l’incertitude géopolitique autour de l’Iran, qui peut soutenir la demande refuge, et les attentes de taux plus élevés, qui limitent son attrait.

La volatilité du pétrole reste le principal facteur de marché. Si les négociations progressent et que l’énergie baisse durablement, l’or pourrait bénéficier d’un recul des rendements. Mais si le conflit se prolonge et entretient l’inflation, la Fed pourrait être poussée à rester restrictive, ce qui maintiendrait une pression sur le métal jaune.

Pour l’instant, le marché reste prudent. L’or respire grâce au recul du dollar et des rendements, mais une reprise durable dépendra de la diplomatie, du pétrole et de la trajectoire des taux américains.

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