Les institutions financières peuvent désormais utiliser certains bons du Trésor américain tokenisés sur Avalanche pour garantir des emprunts et des opérations sur actifs numériques, tout en continuant à percevoir des intérêts. Cette possibilité résulte du rapprochement entre Lynq et ZeroBeta, annoncé le 27 octobre 2026. Leur intégration relie le réseau de règlement de Lynq à BlueShift, la plateforme de gestion des risques de ZeroBeta. Les actifs admissibles peuvent rester immobilisés sur le réseau plutôt que d’être transférés hors de son infrastructure. L’annonce décrit les mécanismes prévus, sans identifier les premiers utilisateurs ni confirmer des transactions déjà réalisées grâce à cette connexion.
Une nouvelle utilisation des titres du Trésor tokenisés
Le partenariat vise à rendre des titres déjà détenus par des institutions utilisables dans leurs opérations courantes de financement. Les bons du Trésor tokenisés peuvent servir de garantie à un prêteur ou couvrir les exigences de marge liées à des positions de trading. Les deux usages passent par une même architecture de gestion des garanties, associant les instructions de BlueShift et leur exécution sur Lynq.
La particularité annoncée tient au maintien des intérêts pendant l’immobilisation des actifs. Dans une opération traditionnelle, l’affectation d’un titre à une obligation financière peut limiter sa disponibilité. Ici, les entreprises présentent une organisation permettant de conserver le titre sur le réseau de règlement, tout en le réservant à une contrepartie déterminée.
BlueShift surveille les risques, Lynq exécute les instructions
La répartition des fonctions entre les partenaires est explicite. BlueShift calcule les besoins de garantie et suit les exigences de marge. Lynq assure l’inscription des actifs en garantie et leur libération lorsque les conditions le permettent. Les institutions peuvent ainsi mobiliser leurs avoirs sans devoir les sortir du réseau Avalanche utilisé par Lynq.
La fonctionnalité appelée collateral lock place les actifs admissibles sous séquestre. Elle évite qu’un même avoir soit simultanément engagé pour d’autres obligations. La plateforme de risque peut demander un complément de garantie ou la restitution d’une partie des actifs immobilisés, selon les seuils convenus.
Comment fonctionne un emprunt garanti
Dans le cas d’un prêt sécurisé, BlueShift demande à Lynq d’affecter les titres du Trésor tokenisés au bénéfice du prêteur. La valeur de la garantie est ensuite surveillée par rapport aux limites définies entre les participants. Si les exigences augmentent, le système peut demander des actifs supplémentaires. Si elles diminuent, une partie de la garantie peut être libérée.
Elle ne signifie pas que tous les emprunteurs obtiendront les mêmes conditions. Les taux d’intérêt des prêts, les ratios exigés et les modalités contractuelles ne sont pas détaillés dans l’annonce. L’utilisation de titres tokenisés ne supprime donc pas la nécessité d’accords entre les parties.
Les mêmes garanties peuvent soutenir des positions de trading
Le dispositif couvre également les opérations sur actifs numériques. BlueShift évalue la marge nécessaire pour les positions existantes ainsi que pour les nouveaux ordres. Les avoirs admissibles en bons du Trésor peuvent alors être engagés afin de satisfaire ces exigences. Lynq reçoit les instructions et effectue directement les opérations correspondantes sur son réseau.
Cette utilisation rapproche la gestion des garanties de deux activités institutionnelles : l’emprunt et la négociation. Toutefois, les titres immobilisés restent affectés aux obligations concernées. Le mécanisme de verrouillage introduit précédemment par Lynq empêche leur réutilisation simultanée pour des engagements incompatibles.
Yield-in-Transit maintient le versement des intérêts
La technologie Yield-in-Transit de Lynq calcule et distribue les intérêts en temps réel, selon la description fournie par les partenaires. Elle permet aux titres admissibles de continuer à générer un rendement pendant leur utilisation comme garantie. L’actif reste sur l’infrastructure de règlement, même lorsqu’il est affecté à un emprunt ou à une exigence de marge.
Jerald David, directeur général de Lynq, estime que les institutions ne devraient pas devoir choisir entre mobiliser leurs actifs et conserver les revenus qu’ils produisent. Il présente l’intégration comme un moyen de réunir règlement, crédit et trading sur un réseau commun.
ZeroBeta met en avant la gestion institutionnelle du collatéral
Varuna Wijesundera, directeur général de ZeroBeta, décrit la gestion des garanties comme une application concrète de la tokenisation pour les établissements financiers. Selon lui, l’association de BlueShift à un environnement de règlement rémunéré permet d’intégrer des titres tokenisés aux opérations habituelles de financement et de négociation.
BlueShift fournit des outils de calcul des risques en temps réel couvrant des actifs financiers traditionnels et numériques. Ses clients comprennent des investisseurs institutionnels, des sociétés de trading et des fournisseurs d’infrastructures de marché, notamment des chambres de compensation et des dépositaires. Ses fonctions portent sur le risque de marché, les garanties, la liquidité et le règlement.
Lynq s’appuie sur une infrastructure déjà opérationnelle
Le réseau de règlement Lynq a été développé par Arca Labs, Tassat Group et tZERO Group. Il est exploité par tZERO Securities, un courtier enregistré auprès de la Securities and Exchange Commission américaine et membre de la FINRA et de la SIPC. Avalanche fournit l’infrastructure blockchain sous-jacente aux opérations décrites.
Lynq indique que les actifs détenus sur sa plateforme dépassent 89 millions de dollars et que plus de quarante entreprises institutionnelles spécialisées dans les actifs numériques y ont été intégrées. Ces chiffres concernent l’ensemble de la plateforme. Ils ne correspondent ni au montant de bons du Trésor engagés dans le partenariat avec ZeroBeta ni au volume de prêts issus de cette connexion.
Le verrouillage des garanties existe depuis mars 2026
La fonction collateral lock a été introduite par Lynq en mars 2026. Elle permet aux participants de désigner des actifs comme garanties au profit de contreparties ou de plateformes d’échange. Une fois réservés, les mêmes avoirs ne peuvent plus être utilisés simultanément pour satisfaire d’autres obligations.
Le partenariat avec ZeroBeta ajoute à cette fonction existante un système externe de surveillance des risques et de calcul des besoins. BlueShift détermine quand des garanties doivent être ajoutées ou libérées, tandis que Lynq applique les instructions.
Citi relève un intérêt institutionnel croissant
En septembre, une publication précédente rapportait les résultats d’une étude de Citi sur les garanties tokenisées. Selon cette enquête, 77 % des institutions financières interrogées prévoyaient d’utiliser une forme de collatéral tokenisé pendant l’année 2026. Cette proportion concerne les répondants à l’étude et ne mesure pas une adoption déjà constatée dans l’ensemble du secteur.
Citi estimait également qu’environ 25 % des garanties restaient inutilisées ou ne produisaient pas de rémunération en raison d’obstacles opérationnels limitant leur circulation efficace. Le partenariat Lynq-ZeroBeta cherche précisément à répondre à une partie de cette difficulté, en permettant de mobiliser certains actifs sans interrompre leurs intérêts. L’annonce ne quantifie toutefois pas les gains obtenus par des clients.
BNY et Citadel Securities ont réalisé une opération comparable
Plus tôt en octobre, BNY et Citadel Securities ont achevé une transaction de financement utilisant un titre du gouvernement américain tokenisé comme garantie. Citadel avait acheté une obligation du Trésor à deux ans par l’intermédiaire de BNY sur Tradeweb. Le titre a ensuite été représenté sur le registre numérique privé de la banque et réglé en quelques minutes.
La garantie tokenisée a ensuite servi à une opération de pension tripartite au jour le jour, dans laquelle BNY a fourni des liquidités contre le titre. Cette transaction constitue un exemple d’utilisation effective de titres tokenisés dans un financement. Elle relève cependant d’une infrastructure distincte de l’intégration Lynq-ZeroBeta et ne doit pas être présentée comme une opération effectuée sur Avalanche.
Aave prépare un marché de crédit sur Avalanche
En septembre, Aave a annoncé un projet de plateforme de crédit sur Avalanche destinée aux institutions admissibles. Le marché envisagé permettrait d’emprunter le stablecoin USA₮ de Tether contre des actifs financiers tokenisés approuvés. Les catégories mentionnées comprennent les bons du Trésor tokenisés, les fonds monétaires et le crédit privé.
La prise en charge de ces garanties demeure soumise aux examens de gouvernance et de risque concernés. L’annonce d’Aave décrit donc un projet et non une confirmation que toutes les catégories d’actifs sont déjà acceptées dans un marché opérationnel. Elle montre néanmoins un autre modèle envisagé pour relier des titres financiers tokenisés à des emprunts sur Avalanche.
VBILL peut déjà servir de garantie sur Euler
Un autre développement est intervenu en mai : VBILL, le fonds de bons du Trésor tokenisés de VanEck, est devenu admissible comme garantie sur les marchés de prêt Euler. RedStone fournit les données de prix nécessaires pour ce fonds. Cette intégration se distingue de celle de Lynq et ZeroBeta par les plateformes et les fonctions concernées.
Ces initiatives illustrent plusieurs manières d’utiliser des actifs tokenisés dans des opérations de financement. Les dispositifs diffèrent par leurs infrastructures, leurs conditions d’admissibilité et leurs mécanismes de gestion des risques. Leurs annonces ne permettent pas de supposer que les mêmes titres ou les mêmes participants bénéficient automatiquement de toutes les fonctionnalités disponibles.
Les premières transactions restent à documenter
Lynq et ZeroBeta n’ont pas nommé les premières institutions utilisant leur intégration. Elles n’ont pas non plus communiqué de prêt déjà conclu, de position sur marge financée ou de valeur de bons du Trésor effectivement engagée grâce à la connexion. Les taux d’emprunt et les seuils de garantie applicables ne sont pas précisés.
L’annonce établit ainsi une nouvelle capacité technique : des titres du Trésor tokenisés admissibles peuvent soutenir prêts et opérations de trading tout en restant sur Lynq et en continuant à produire des intérêts. Son utilisation commerciale effective, les volumes mobilisés et les conditions proposées aux participants devront être distingués de cette disponibilité annoncée. Cette distinction importe pour interpréter les annonces : la capacité opérationnelle existe, mais son adoption réelle reste inconnue aujourd’hui.


