L’euro reste sous pression face au dollar ce jeudi 8 octobre, alors que les investisseurs combinent les inquiétudes budgétaires en Europe avec des perspectives de taux toujours élevées aux États-Unis. La paire EUR/USD évolue autour de 1,12 dollar et se rapproche de son niveau le plus faible depuis mai 2025.
L’euro s’échangeait autour de 1,119 dollar pendant la séance, tandis que l’indice du dollar progressait vers 102,3 points. La devise américaine reste ainsi proche de son niveau le plus élevé depuis environ 18 mois.
La divergence ne repose toutefois plus uniquement sur les anticipations de politique monétaire. La hausse des rendements obligataires français et italiens renforce les inquiétudes concernant les finances publiques européennes, tandis que la Réserve fédérale conserve une orientation restrictive face à une inflation toujours jugée trop élevée.
Le pétrole ajoute une difficulté supplémentaire. Le Brent a de nouveau dépassé 100 dollars le baril jeudi, augmentant les risques inflationnistes pour une zone euro fortement dépendante des importations énergétiques.
Cette combinaison place la région de 1,12 dollar au centre de l’attention sur l’EUR/USD. Une perte durable de ce seuil pourrait rapprocher la paire de 1,10 dollar, tandis qu’un rebond devrait d’abord surmonter plusieurs obstacles liés au dollar et au marché obligataire.
L’euro recule vers 1,12 dollar face au billet vert
La paire EUR/USD reste orientée à la baisse après plusieurs semaines difficiles pour la monnaie unique.
L’euro évoluait autour de 1,119 dollar jeudi, proche de son plus bas niveau en 17 mois. Sur l’ensemble de l’année 2026, la monnaie unique a perdu environ 5 % face au dollar.
Cette baisse intervient alors que le billet vert bénéficie de plusieurs soutiens simultanés.
Les taux américains restent élevés, l’économie des États-Unis continue de montrer une certaine résistance et la Réserve fédérale n’a pas encore signalé la fin définitive de son cycle de resserrement monétaire.
À cela s’ajoute désormais une faiblesse propre à l’Europe.
Les investisseurs surveillent particulièrement la situation budgétaire de plusieurs économies de la zone euro, avec une attention croissante portée à la France.
L’évolution récente de l’EUR/USD reflète donc deux mouvements : une demande persistante pour le dollar et une augmentation des risques intégrés dans le prix de l’euro.
Le dollar se rapproche de son sommet de 18 mois
L’indice DXY, qui mesure le dollar face à un panier de six grandes devises comprenant l’euro, progressait légèrement jeudi autour de 102,32 points.
Le billet vert reste ainsi à proximité de ses niveaux les plus élevés depuis avril 2025.
La progression du dollar bénéficie notamment de l’écart de rendement entre les États-Unis et plusieurs autres économies développées.
Des taux américains élevés peuvent rendre les actifs libellés en dollars plus attractifs pour les investisseurs internationaux, particulièrement lorsque les perspectives économiques des autres régions deviennent plus incertaines.
Le mouvement actuel est toutefois différent d’une simple hausse du dollar provoquée par la Fed.
Les difficultés européennes contribuent également à élargir l’écart entre les deux devises.
L’euro constitue la principale composante du DXY. Une baisse importante de la monnaie unique peut donc elle-même participer à la progression de l’indice du dollar.
Cette interaction renforce actuellement la tendance observée sur l’EUR/USD.
Les tensions budgétaires françaises pèsent sur la monnaie unique
La France constitue l’un des principaux points d’attention sur les marchés obligataires européens.
L’écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes à dix ans s’est fortement élargi, signalant une augmentation de la prime de risque demandée par les investisseurs pour détenir la dette française.
Les inquiétudes portent notamment sur la trajectoire budgétaire du pays à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
L’Allemagne sert traditionnellement de référence pour mesurer le risque souverain au sein de la zone euro. Lorsque l’écart entre les obligations françaises et allemandes augmente, cela signifie généralement que les investisseurs demandent une rémunération supplémentaire pour accepter le risque associé à la dette française.
La France n’est pas le seul pays concerné.
L’écart entre les rendements italiens et allemands s’est également accru, renforçant les interrogations sur la situation budgétaire de plusieurs grandes économies européennes.
Cette évolution constitue un problème particulier pour l’euro.
Une hausse des rendements ne soutient pas nécessairement une devise lorsqu’elle provient d’une augmentation du risque budgétaire plutôt que d’une amélioration des perspectives économiques.
La hausse des rendements européens ne soutient plus automatiquement l’euro
Dans un environnement normal, des rendements obligataires plus élevés peuvent renforcer une monnaie en attirant davantage de capitaux.
La réaction récente de l’euro montre toutefois les limites de cette relation.
Les rendements augmentent dans plusieurs pays européens, mais la monnaie unique continue de reculer.
Cela suggère que les investisseurs interprètent une partie de cette hausse comme une prime supplémentaire liée aux risques budgétaires et politiques plutôt que comme le résultat d’une économie plus forte.
Cette distinction est importante pour comprendre le comportement actuel de l’EUR/USD.
Une hausse des rendements américains soutenue par des anticipations de taux élevés et une économie relativement résistante peut favoriser le dollar.
Une hausse des rendements européens associée à des inquiétudes concernant la dette peut, à l’inverse, fragiliser l’euro.
La paire EUR/USD se retrouve donc exposée aux deux côtés de cette divergence.
Les minutes de la Fed maintiennent la possibilité de nouveaux relèvements
La Réserve fédérale reste parallèlement un soutien important pour le dollar.
Les responsables de la Fed avaient voté à l’unanimité en septembre pour relever leur taux directeur de 25 points de base.
Les minutes de cette réunion, publiées mercredi, montrent que les responsables restent préoccupés par les risques inflationnistes.
Le débat porte davantage sur les raisons justifiant un resserrement supplémentaire que sur la disparition complète de cette possibilité.
Certains participants considèrent qu’une politique plus restrictive peut être nécessaire pour limiter les conséquences de nouveaux chocs sur les prix, notamment dans l’énergie.
D’autres voient un risque plus large provenant d’une demande suffisamment forte pour entretenir les pressions inflationnistes.
Le marché n’anticipe pas majoritairement une nouvelle hausse dès la réunion d’octobre.
Les contrats sur les Fed Funds indiquent une probabilité d’environ 80 % que la banque centrale maintienne ses taux inchangés lors de sa réunion qui se terminera le 28 octobre.
La situation change cependant lorsqu’on regarde décembre.
Les marchés intègrent désormais largement la possibilité d’une nouvelle hausse avant la fin de l’année.
Le pétrole au-dessus de 100 $ complique la situation de la BCE
L’Europe doit parallèlement faire face à une nouvelle augmentation du coût de l’énergie.
Le Brent a progressé de près de 5 % jeudi pour atteindre environ 105 dollars le baril, son niveau le plus élevé depuis le 29 septembre.
Cette hausse intervient alors que les attaques contre les navires se multiplient dans le Golfe et le détroit d’Hormuz.
Les perturbations sur cette route sont particulièrement importantes pour le marché mondial de l’énergie. Avant la guerre, le détroit assurait le passage de volumes représentant environ un cinquième des échanges mondiaux de pétrole et de carburants.
Pour la zone euro, la situation représente un double risque.
Une énergie plus chère peut accélérer l’inflation, ce qui encourage théoriquement la Banque centrale européenne à maintenir une politique restrictive.
Mais des coûts énergétiques élevés peuvent également ralentir l’activité économique, notamment dans les économies fortement dépendantes des importations et de l’industrie.
La BCE doit donc lutter contre l’inflation sans provoquer un ralentissement économique excessif.
La BCE a déjà relevé ses taux deux fois en 2026
La Banque centrale européenne a relevé ses taux de 25 points de base en septembre.
Il s’agissait de sa deuxième hausse de l’année, dans un contexte marqué notamment par la remontée de l’inflation liée à l’énergie.
Une politique monétaire plus restrictive devrait normalement fournir un certain soutien à l’euro.
La réaction du marché a pourtant été limitée.
La monnaie unique a continué de perdre du terrain alors que les investisseurs se demandaient si de nouvelles hausses de taux pouvaient être absorbées par une économie européenne déjà confrontée à plusieurs fragilités.
Cette situation crée un dilemme pour la BCE.
Une inflation persistante pourrait justifier de nouveaux relèvements. Mais un resserrement excessif pourrait aggraver les difficultés économiques et augmenter encore la pression sur les États fortement endettés.
Le marché ne regarde donc plus uniquement la direction des taux européens.
Il cherche également à déterminer si la zone euro peut supporter ces taux sans détérioration significative de son activité ou de ses finances publiques.
L’écart entre la Fed et la BCE ne suffit plus à expliquer EUR/USD
La politique monétaire reste essentielle pour le marché des changes, mais elle n’explique plus à elle seule la faiblesse actuelle de l’euro.
La Fed et la BCE ont toutes deux relevé leurs taux en septembre.
Pourtant, leurs devises ont suivi des trajectoires différentes.
Le dollar bénéficie d’une combinaison de rendements élevés, d’une économie américaine relativement résistante et d’une demande accrue lorsque l’incertitude augmente.
L’euro doit composer avec les effets des prix élevés de l’énergie, les inquiétudes budgétaires et le risque qu’un resserrement supplémentaire de la BCE affaiblisse davantage l’activité.
Cette différence explique pourquoi les signaux restrictifs de la BCE n’ont pas provoqué une appréciation comparable de l’euro.
Le marché semble désormais accorder davantage d’importance à la qualité économique derrière les rendements qu’à leur seul niveau.
1,12 $ devient le premier seuil à défendre pour EUR/USD
La proximité de 1,12 dollar donne à cette zone une importance immédiate.
L’euro évolue légèrement sous ce niveau pendant la séance du 8 octobre, ce qui maintient la pression sur la structure de court terme.
Une récupération durable au-dessus de 1,12 dollar constituerait une première étape vers une stabilisation.
Elle ne suffirait toutefois pas à confirmer un retournement plus important.
La monnaie unique devrait ensuite montrer qu’elle peut conserver ses gains malgré des rendements américains élevés et un dollar toujours proche de son sommet de 18 mois.
À l’inverse, une installation durable sous 1,12 dollar renforcerait le scénario d’une poursuite de la baisse.
Dans cette configuration, la région de 1,10 dollar deviendrait progressivement une référence plus importante.
Cette zone représente également un niveau psychologique majeur pour les traders de devises.
Un retour vers 1,10 $ reste un scénario conditionnel
Certains analystes considèrent désormais qu’une baisse de l’euro vers 1,10 dollar est possible si les facteurs actuellement défavorables persistent.
Depuis environ 1,119 dollar, un retour à 1,10 représenterait une baisse supplémentaire inférieure à 2 %.
Cette projection ne constitue cependant pas une cible confirmée.
Pour atteindre cette région, le marché devrait prolonger la tendance actuelle et continuer à intégrer une divergence favorable au dollar.
L’évolution des obligations françaises constitue l’un des éléments à surveiller.
Une stabilisation des écarts de rendement avec l’Allemagne réduirait une partie de la pression spécifique exercée sur la monnaie unique.
Une nouvelle détérioration aurait l’effet inverse.
L’évolution du pétrole jouera également un rôle. Une baisse durable des prix de l’énergie allégerait certaines inquiétudes concernant l’inflation européenne et la croissance.
Une nouvelle hausse du dollar reste liée aux rendements américains
Du côté américain, la trajectoire des rendements reste déterminante.
Les rendements des Treasuries ont atteint récemment des niveaux observés pour la dernière fois il y a environ 24 ans.
Une partie de cette progression provient des anticipations concernant la Fed, mais pas uniquement.
La prime de terme sur les obligations américaines à dix ans, qui représente la rémunération supplémentaire demandée pour détenir de la dette à long terme, a atteint son niveau le plus élevé depuis 2014.
Cette évolution reflète des préoccupations plus larges concernant la dette, les risques politiques et le financement du gouvernement sur des horizons plus longs.
Le dollar bénéficie actuellement de ces rendements élevés.
La relation pourrait néanmoins devenir plus complexe si la hausse des coûts d’emprunt commençait à provoquer des inquiétudes plus importantes concernant l’économie américaine elle-même.
Pour l’instant, le marché continue surtout de considérer l’écart de rendement comme favorable au billet vert.
EUR/USD dépend désormais de trois facteurs principaux
La direction de la paire au cours des prochaines séances devrait principalement dépendre de la politique monétaire, du marché obligataire et de l’énergie.
Aux États-Unis, les investisseurs chercheront à déterminer si la Fed relèvera effectivement ses taux en décembre.
En Europe, l’attention restera concentrée sur la capacité de la BCE à contrôler l’inflation sans exercer une pression excessive sur la croissance et les finances publiques.
Les obligations françaises et italiennes constituent parallèlement un indicateur important de la confiance accordée à la zone euro.
Enfin, le pétrole peut influencer simultanément l’inflation, la croissance et les décisions des banques centrales.
Ces trois facteurs sont actuellement défavorables à une reprise nette de l’euro.
Une amélioration sur l’un d’entre eux pourrait permettre une stabilisation, mais une reprise durable nécessiterait probablement une combinaison plus large de changements.
L’euro doit récupérer 1,12 $ avant d’envisager un retournement
L’EUR/USD aborde le 8 octobre dans une configuration fragile.
La paire évolue autour de 1,12 dollar, proche de son niveau le plus faible en 17 mois, tandis que le dollar reste à proximité d’un sommet de 18 mois.
La pression ne provient pas d’un seul facteur.
Les rendements américains élevés soutiennent le billet vert, les minutes de la Fed maintiennent la possibilité d’un nouveau resserrement monétaire et la hausse du pétrole renforce les risques inflationnistes.
En Europe, la situation est compliquée par les inquiétudes budgétaires en France et par l’élargissement des écarts de rendement entre les obligations françaises et allemandes.
La BCE doit parallèlement composer avec une inflation alimentée par l’énergie sans fragiliser davantage la croissance.
À court terme, 1,12 dollar constitue ainsi la première référence pour l’euro.
Une récupération durable au-dessus de ce niveau permettrait d’atténuer la pression immédiate, sans confirmer à elle seule un changement de tendance.
Une poursuite de la baisse maintiendrait en revanche 1,10 dollar comme prochaine grande zone psychologique à surveiller.
Pour l’instant, la combinaison entre dollar fort, rendements américains élevés, tensions budgétaires européennes et pétrole supérieur à 100 dollars continue de favoriser le billet vert. La capacité de l’euro à sortir de cette configuration dépendra autant des marchés obligataires que des prochaines décisions de la Fed et de la BCE.



